Ayiti Coles « Mwen se Ayiti »


Ayiti, de son vrai prénom, s’apprête à lancer son premier album en Haïti le 21 décembre, et à performer live, sur la même scène avec Sean Paul, le 27 décembre. Cette étudiante en sciences politiques de 20 ans a choisi son pays de coeur, Haïti – entre la France et le Chili -, pour donner le coup d’envoi à sa carrière et lancer « Schizo ».


On vous connaissait surtout dans la presse pour vos prouesses à cheval. Parlez-nous un peu de vous.Je m’appelle Ayiti (oui, c’est mon vrai prénom, et j’en suis vraiment très fière !) J’ai grandi toute ma vie en Haïti. J’ai une passion pour l’art sous toutes ses formes : la photographie, les arts plastiques, la danse, mais mon domaine de prédilection reste la musique et le chant. Durant mes années de lycée j’ai pratiqué l’équitation.

J’ai eu la chance et l’honneur de pouvoir représenter Haïti au niveau international. A quatorze ans, j’ai participé à la finale des Championnats Panaméricains pour jeunes dans la catégorie moins de 18 ans à Santiago au Chili ; ce qui a d’ailleurs été une expérience très spéciale pour moi car ma mère est chilienne !Aujourd’hui j’ai 20 ans, j’étudie les sciences politiques à l’université de McGill, à Montréal. Je termine mes études dans deux ans et je suis impatiente de finir, afin de me consacrer entièrement à la musique !

Vous êtes née à Paris et avez grandi en Haïti, comment a été cette expérience ?J’ai été élevée en Haïti par une mère chilienne et un père franco-haïtien. Jamais une culture ne prenait le dessus sur une autre, les trois font complètement partie de moi, à parts égales ; comme je le dis souvent, je me sens 100% Haïtienne, 100% Française et 100% Chilienne. Mais comme j’ai été élevée en Haïti, j’ai un attachement spécial au pays. Je suis née à Paris, mais tous mes souvenirs d’enfance sont en Haïti, à tel point que c’est comme si j’étais née là ! Lakay se lakay. Et pour moi, lakay reste tout de même Port-au-Prince.

Comment avez-vous commencé en musique ? Qu’est-ce qui a déclenché cette passion ?On peut dire que j’ai commencé la musique au berceau. Mon père me chantait toujours des berceuses. De Kumbaya à Jacques Brel en passant par les chants traditionnels vaudous, cela a constitué mon premier contact avec la musique. Puis quand j’ai grandi, j’ai pris des cours de chant avec Sibylle Denis. Vers l’âge de six ans, j’ai chanté un solo dans une chorale de Noël, et cela a été diffusée sur Télémax.

Plus tard j’ai participé aux spectacles organisés par mon collège, y compris « Emilie Jolie », où j’avais le rôle principal. En 2008, j’ai participé à un stage d’été à l’école d’arts scéniques du Cours Florent, à Paris. C’était une production de la comédie musicale Starmania. Pendant trois semaines je faisais deux heures de chant, deux heures de danse, et deux heures de théâtre par jour ; si jours par semaine, du lundi au samedi. C’était intensif mais si passionnant que je n’ai même pas vu le temps passer. Toutes ces expériences m’ont poussée dans la direction de la musique ; et à chaque étape, je devenais beaucoup plus sûre de mon choix de poursuivre une carrière musicale.

Vous êtes aussi bien un mélange ethnique que culturel ; comment cela se transmet-il dans votre musique ?Je pense que les trois cultures que je représente font complètement partie de moi, et je pense (et j’espère) que cela se transmet automatiquement dans ma musique. Je n’essaie pas de créer un son qui synthétise mes cultures, mais je pense que mes origines ressortent de part elles-mêmes ; cela peut être à travers un léger accent par-ci, une chanson en une autre langue par-là. Mais je pense que cela se ressent le plus dans ma façon d’écrire les paroles de mes chansons, car je réfléchis en quatre langues (français, anglais, créole, espagnol) ; ce qui peut se ressentir dans la forme et le fond de mes paroles, dans les métaphores que j’utilise, ma syntaxe, etc.

Vous avez sorti une musique après le tremblement de terre, «The Ghost town». Comment cet événement a-t-il affecté votre vie ?Comment le tremblement de terre n’aurait-il pas affecté ma vie ?! Et celle de tous les Haïtiens ? Le 12 janvier est un événement qui, d’une façon ou d’une autre, a marqué la vie de tous ceux qui se considèrent Haïtiens, qu’ils aient été présents ou pas lors du tremblement de terre. Personnellement, j’étais sur la route de Frères lors de la catastrophe. Je n’ai perdu que ma maison, ce que je considère vraiment comme une perte minime, étant donné les circonstances.

Ce qui m’a marquée cependant, en plus de la destruction et de l’urgence du moment, c’était l’exode. Dans les jours et les semaines suivant le séisme, beaucoup de gens quittaient la ville, quelle que fût leur classe sociale. Je me souviens des bus bondés qui repartaient vers les provinces, des voitures pleines à craquer en route vers la République Dominicaine, des ressortissants étrangers et des rescapés évacués par avion… Tout le monde voulait quitter Port-au-Prince. Ma famille et moi sommes restés, et j’ai littéralement vu la ville se vider de jour en jour. Je m’étais portée volontaire à une clinique médicale pendant la première semaine qui a suivi le 12 janvier, donc je n’avais pas tout de suite réalisé l’étendue de l’exode. Un jour je me suis rendue chez mes cousins qui comme tant d’autres étaient partis. La maison n’était pas simplement vide, elle était abandonnée. Tout était à la même place que le jour du tremblement : une assiette remplie par ici, un livre d’études ouvert par là, des meubles brisés, au même endroit où ils étaient tombés lors des secousses. Je n’avais aucune idée de quand les habitants de la maison reviendraient… s’ils reviendraient.

À ce moment-là je me suis dit que presque toutes les maisons encore debout à Port-au-Prince étaient probablement dans un état d’abandon comme celle de mes cousins. Port-au-Prince était devenue une ville-fantôme, abandonnée et vide, d’où ma chanson «Ghost Town».Le 12 janvier marquera toujours une fracture dans ma vie, comme dans celle de tant d’Haïtiens. Mais ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Nous avons tous souffert du tremblement de terre, mais il faut aller de l’avant. Personnellement, le choc de la catastrophe m’a motivée à accomplir quelque chose de ma vie et à poursuivre mes rêves d’une carrière musicale.

Vous êtes encore à l’université. Comment conciliez-vous musique et études ?Ce n’est pas toujours facile, mais avec du travail, de la persévérance et beaucoup de volonté on peut tout accomplir. Je suis à McGill University, au Canada. C’est une excellente université, qui en soi consomme presque tout mon temps. Parfois je suis très stressée, parce que je veux exceller dans les deux domaines, mais je suis acharnée. Jusque là ça marche.

Pouvez-vous nous parler de votre prochaine visite en Haïti ?Je serai en Haïti cette fin de semaine pour commencer à promouvoir mon album, que je lance officiellement le 21 décembre à Oasis. L’événement sera l’occasion pour moi d’interpréter mes propres chansons sur scène pour la première fois ! J’ai vraiment hâte. Et pour revenir à la question précédente, cette visite est un parfait exemple de conciliation entre musique et études. Mes examens finaux pour ce semestre commencent le 6 décembre, dans moins d’une semaine, mais je dois absolument promouvoir ma musique, personne d’autre ne peut le faire à ma place ! Alors je m’organise : j’amène mes livres, je travaille un maximum avant de partir et j’étudie dans l’avion. C’est stressant, mais ça vaut tellement la peine.
Vous performerez à la soirée du 27 décembre avec Sean Paul, quel effet cela vous fait-il ?Je suis vraiment honorée, ne serait-ce que de paraître sur la même affiche qu’un artiste aussi accompli que Sean Paul ! Je dois avouer que je suis très nerveuse, mais dans le bon sens du terme.

Comment se passent les répétitions ? Que nous concoctez-vous ?Eh bien, pour le lancement de mon album, je prépare un set-list complet avec instruments en live. J’ai commencé les répétitions depuis le mois d’août mais j’attends encore d’avoir un public. Ca fait si longtemps ! Pour me réhabituer, j’invite tous mes amis à venir me voir en répétition. Je me sens de plus en plus dans mon élément.Je suis accompagnée par quatre musiciens, Gabriel au clavier, Manuel à la guitare, Ricardo à la basse, et Carlomagno à la batterie. Ce sont tous des musiciens dédiés, et ils m’apportent beaucoup professionnellement. Ils sont vraiment géniaux. Je pense qu’avec ma musique, il y en a pour tous les goûts, mais performer en live me donnera l’occasion de voir la réaction sincère du public.

Quelles tendances retrouve-t-on sur votre album ? Qui sont vos modèles ?J’ai deux côtés en moi : l’un aime tout ce qui est création, art, poésie et mélodie, et l’autre aime danser et s’amuser. On peut dire que j’ai deux faces quand il en vient à la musique. Mon côté créatif me fait pencher vers des artistes originaux, des auteurs-compositeurs à tendance « alternative-rock » et « indie » comme Lana Del Rey, Florence and the Machine, Fiona Apple, Kings of Leon, qui ont chacun un son distinct.

http://lenouvelliste.com/article4.php?newsid=111303

Et mon côté danse me fait aimer des artistes plus pop comme Jessie J, Rihanna, Lady Gaga, mais aussi des DJs comme Calvin Harris, David Guetta, Swedish House Mafia, qui actuellement dominent les pistes de danse. Je pense que cette division de mes goûts se ressent dans mon album, où le genre de mes compositions varie de chansons à tendance jazzy à des tracks beaucoup plus pop. D’ailleurs l’album s’appelle « Schizo », en référence à mes multiples facettes, tant au niveau personnel, avec mes trois cultures, qu’au niveau artistique, avec mes goûts musicaux variés.

Parle-nous de la sortie de votre album.Mon album est prêt. J’ai lancé fin septembre un single, « Mama Dance », et maintenant je lance mon album, « Schizo », à Port-au-Prince le 21 décembre, à Oasis, où je donnerai une performance live. J’ai suivi mon cœur et j’ai choisi Haïti, symboliquement, pour lancer ma carrière, mon premier one woman show et mon premier album. Je meurs d’impatience de partager ma musique !
Quelle est votre collaboration de rêve ?J’ai eu l’honneur de faire deux duos cette année. Le premier était avec Andres Cuervo pour une balade en espagnol, « Te Extraño », qui se trouve en tête des chartes au Mexique ; et le second avec notre JPerry national. Nous espérons collaborer sur deux autres morceaux : d’un côté une chanson à message positif pour tous, pop en anglais ; et de l’autre, j’adorerais un bon vrai compas façon Jperry.Mais une collaboration qui me comblerait reste définitivement Wyclef Jean, c’est un génie de la musique. Mais aussi, Steve Angello de Swedish House Mafia, Lana Del Rey ou Jessie J. Ils sont tous des artistes que je respecte et admire tellement que c’est difficile de n’en choisir qu’un !Propos recueillis parStéphanie André andresteffany@gmail.com

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