Diriger un pays au rythme de Fè Wana mache (Première de deux parties)


 

Fè Wana mache [1] de Mossanto, remixée par DJ Tony Mix, est la chanson qui fait courir tout Port-au-Prince depuis l’été 2012. Les chauffeurs de Tap Tap en raffolent. L’air est fredonné par les « bredjenn », ces jeunes à la mode vestimentaire américaine et branchés sur l’actualité. Quant au texte, il est débité d’une voix mono-corde et à demi-mots. Comme cela arrive souvent, la popularité de cette chanson s’est accrue depuis que le commissaire du gouvernement Gérald Norgaisse l’a interdite, fin octobre 2012.

Septième commissaire de gouvernement en 16 mois, Gérald Norgaisse a été révoqué moins de trois mois après son installation. Officiellement on lui reproche la libération de cinq étudiants arrêtés illégalement parce qu’ils protestaient contre l’assassinat d’un de leurs camarades par un policier. L’ordre est venu d’en haut. L’équipe au pouvoir veut faire marcher Haïti. Elle a donc décidé de sévir. Contre Norgaisse ou pour Fè Wana mache ? On ne saurait répondre avec certitude. Toujours est-il que Fè Wana mache caracole en tête des hits dans toutes les boîtes de nuit. En réalité les deux vérités du pouvoir et de Fè Wana mache se sont affrontées comme l’ange et Jacob. Elles se sont combattues avec ambigüité et fugacité pour enfin se fondre et s’absorber. Fè Wana mache disparaît et ressurgit comme dans la basse qui sous-tend le Rap-Bòday .

La mise à l’index de Fè Wana mache a eu l’effet inverse de celui recherché. La chanson continue de séduire et d’être répercutée dans tous les coins du pays. Le public est entrainé dans une folle euphorie par cette chanson grivoise et sans valeur artistique, comme il l’avait été avec Fam’m kolokent ou Rantre an dedan de Coupe Cloue dans les années 1980. Deux rondes enfantines par rapport à la pornographie déchainée de Fè Wana mache, surtout la version officielle Dj Sonlove Mix. Un érotisme de pacotille à mille lieux des préoccupations de 80% de la population qui vit avec moins de deux dollars par jour et dont une large tranche vit en milieu rural. Toutefois, dans la diaspora et le monde entier, des milliers d’internautes la téléchargent et l’écoutent en riant aux éclats. Dans l’esprit des jeunes, qui y voient une satire politique, l’équipe au pouvoir veut faire marcher le pays comme Wana. Alors la question se pose : Wana, c’est qui ou c’est quoi au juste ?

Fè Wana mache est une chanson qui parle d’une prostituée nommée Wana vendant son corps contre un rafraîchissement coûtant 5 gourdes et un morceau de pain couvert de beurre d’arachide (mamba) coûtant également 5 gourdes, soit un total de 10 gourdes, l’équivalent de 25 cents américains. Fè Wana mache propose au profane la marche à suivre en termes d’agressivité pour porter Wana à se donner le plus vite possible. Avec cette chanson, on rentre de plain-pied dans les techniques d’obéissance volontaire et de violence. Et ce tube, si l’on peut l’appeler ainsi, n’est pas un succès isolé de ce genre obscène à souhait. C’est plutôt un échantillon d’un nouveau style, baptisé Rap-Bòday, qui compte des compositions telles que Ti Sourit, Titou, Pa pale kaka, San fason, Pandye, Souke li, Nèg la tou chèch, Map Tchat. On peut visionner ces vidéos ou écouter ces musiques sur des sites d’internet comme You Tube.

De Wana à Wano

Face au harcèlement de la femme qui se laisse entendre dans Fè Wana mache, la gent féminine a fait sortir un tube du même acabit dirigé vers la prostitution masculine au titre Fè Wano mache. Les femmes se réjouissent de ce retour de flamme et les deux tubes sont joués l’un après l’autre dans les boîtes de nuit branchées. Les vitupérations s’équilibrent. Hommes et femmes honorent réciproquement leurs flétrissures. Ces alliances immondes et nauséabondes donnent lieu à des invectives de part et d’autre, mais, qu’à cela ne tienne, les vociférateurs sont vite maîtrisés par les services d’ordre. Le temps que les danseurs se calment, s’excusent de leurs turpitudes, un brevet de bonne conduite leur est décerné.

Et la fête reprend avec trois morceaux grivois de Sweet Mickey suivis de Fè Wano mache puis, sans une pause, de Fè Wana mache. Et tous les petits-bourgeois chantent sur ces rythmes dont les paroles sont connues par cœur. C’est la fête du rire et de l’humour. On s’esclaffe au nom de la liberté d’expression, on entend de tout. Les mots sont choquants. Mais les défenseurs de Fè Wana mache disent qu’il n’y a pas là un cas pendable puisqu’il n’y a jamais eu de censure contre les chansons de Sweet Micky, le chanteur devenu président. Étranges concordances !

De l’avis unanime d’observateurs plus rigoureux de la scène musicale et politique, ces chansons sont le reflet de la médiocrité ambiante et des choix politiques qui font que le pays tout entier soit, et fonctionne, comme Wana et comme Wano. Ce qu’explique ironiquement le journaliste haïtien de 28 ans Wandy Charles, quand il dit que la dérive actuelle « Ap fè nou tout mache menm jan ak Wana » (fait marcher le pays comme la prostituée Wana). En effet, parallèlement à la déchéance de Wana et à la violence qu’elle subit, il y a la répression de Wano qui se dit dans la phrase « Fè Wano mache, fè Wano voltigé ! Si Wano pa respekte chef, fèl mache ! » Cette phrase apparemment anodine exprimant une évidente surenchère est révélatrice. Voulue comme telle ou non par son auteur, elle sonne comme une allusion directe aux scandales sexuels qui ont cours dans les hauts sommets de l’État. Univers d’obscurité dans lequel les forces armées d’occupation de la MINUSTAH sont aussi plongées avec des viols en tous genres. Les cas de viol de Nadège Nicolas en 2005 aux Gonaïves, de Marie-Rose Précéus à la capitale en 2005, et de Johnny Jean à Port-Salut en 2011 sont les plus éloquents. Le cas de Johnny Jean a d’ailleurs fait l’objet d’un procès et d’une condamnation en bonne et due forme par un tribunal uruguayen [2]. Il en est de même du garçon violé par des soldats pakistanais ainsi que des multiples cas qui ont conduit à la déportation de 114 casques bleus sri-lankais [3] en 2007 pour des rapports sexuels avec des filles de moins de 13 ans [4]. Curieusement, ce scandale n’a pas eu d’écho dans la presse sri-lankaise !

Selon une rumeur qui circule depuis un certain temps, le président Martelly aurait répondu à un de ses proches, étonné et mécontent de le voir mettre à l’index une chanson grivoise qui faisait fureur : « Si j’ai pu faire pire moi-même, c’est parce qu’il n’y avait pas alors de président à la tête du pays. » Espérons que le président n’ira pas trop loin dans cette conception du présidentialisme qui frise le ridicule. En fait, il marche déjà sur les brisées de François Duvalier qui, lui aussi, avait interdit les chansons « Wete pie w poum mete pam », « Pè Hilè monté sou lotèl », « Machann chabon souple ». Chez le vieux dictateur, la préoccupation était essentiellement politique, chez l’aspirant elle se veut, selon toutes les apparences, moralisatrice. Le ridicule ne tue pas !

La mort des illusions

Cette similitude avec François Duvalier n’aurait rien d’inquiétant si elle se bornait à l’interdiction de chansons obscènes ou véhiculant un message séditieux. Ella va de pair avec d’autres pratiques annonciatrices d’une aspiration totalitaire. Haïti doit tout faire pour stopper les visées dictatoriales et les projets obscurs de ces hommes à la psychologie insondable qui se révèlent, une fois au pouvoir, des tyrans impitoyables. En ce sens, l’agression subie à l’Arcahaie le samedi 5 janvier 2013 par des partis politiques de l’opposition tenant une réunion pacifique a valeur de prémonition. À cette réunion convoquée par l’Initiative Citoyenne (IC), participaient 70 dirigeants politiques et leaders sociaux, dont le Sénateur Moïse Jean-Charles, le Député Sorel Jacinthe, Mirlande Hyppolite Manigat du Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP), Déjean Bélizaire du MNP28, Francisco Alcide de la KID, et Pierre Espérance, le directeur du RNDDH. Le gouvernement prétend n’être pour rien dans cette agression, au style « mache pran yo Divalye », perpétrée contre ces leaders de l’opposition.

Ayant peur que cette réunion de cerveaux de l’opposition ne produise une tête volumineuse, une quinzaine d’hommes de main du régime ont pris les devants afin de cesser de la faire penser avant même qu’elle ne naisse. Tout porte à croire que les porteurs de brassards rose et blanc ne vont pas en rester là et que leur acharnement à casser de l’opposition ne va pas s’estomper. Ces actes de violence constituent une transposition du Fè Wana mache sur le plan politique. Quand un gouvernement prend ce chemin, il s’enfonce peu à peu dans la violence gratuite et l’exercice solitaire du pouvoir. En empruntant cette sombre voie de la répression, il renonce à rechercher la voie de la lumière. Toutes les illusions meurent et l’espoir dans le changement s’écroule. C’est ce que Richard Morse (RAM) a compris en tirant sa révérence.

Étant l’incarnation de cette dérive éthique qui accable Haïti, le président Martelly semble avoir abandonné la recherche d’une forme de respectabilité, décidé de ne pas se soustraire à ses véritables inclinations. Il n’a toujours pas digéré son expulsion de l’académie militaire. C’est d’ailleurs dans l’ivresse qu’il passe des troupes en revue au pays et à l’étranger et qu’il commande un pays engagé dans un processus de destruction totale. La vigilance doit être de rigueur après les scènes des massacres perpétrés par des militaires contre des dizaines de citoyens remplissant paisiblement leur devoir démocratique de voter. C’était comme hier, le 29 novembre 1987. Ces massacres apparaissent comme prémédités quand on tient compte des déclarations faites quelques jours auparavant par un colonel de l’armée à Johanne Tremblay, une anthropologue canadienne qui n’a malheureusement pas précisé le nom de l’intéressé : « La démocratie c’est pour la réincarnation, dit le colonel. Les Haïtiens sont un peuple de barbares et ils doivent être dirigés. L’armée ne peut pas se comporter comme au Canada parce qu’elle est haïtienne. Les gens ne respectent pas l’armée et si j’avais été Namphy, j’aurais écrasé les groupes démocratiques parce que ce sont des agitateurs qui viennent de l’étranger. » [5] Johanne Tremblay a séjourné 18 mois en Haïti en milieu populaire pour effecteur ses recherches. Dans le contexte actuel, il faut s’assurer que le président ne partage pas la musicalité de ce sinistre colonel. Sinon, conscient qu’une partie de la jeunesse s’identifie à lui, il pourrait ajouter sa propre tonalité à ces accords dissonants. Et partir des diverses notes pour jouer toutes les gammes. Par exemple, les positions du colonel Max Vallès indiquent que l’armée n’était pas unanime à appuyer les massacres de l’époque. Il écrit à ce sujet :

« Aucune dictature haïtienne d’après l’Occupation américaine, écrit Max Valles, n’a été aussi loin dans le crime gratuit et l’excès d’horreur que celle d’Henri Namphy. Si François Duvalier a été impitoyable à l’endroit de ses adversaires politiques et de ceux qu’il soupçonnait d’avoir l’intention de fomenter un complot pour le renverser du pouvoir, s’il en était arrivé à des exactions sommaires sans jugement de détenus politiques, Henry Namphy par contre est parvenu à l’accomplissement d’actes abominables gratuits par le massacre perpétré sous son gouvernement le 29 novembre 1987, d’hommes et de femmes sans défense s’adonnant paisiblement à l’exercice de leur droit de vote et également par le massacre encore sous son gouvernement le 11 septembre 1988 de fidèles rassemblés pour la messe à l’Église de St Jean Bosco de La Saline, l’un des bas quartiers de Port-au-Prince. Aux yeux de l’opinion nationale et internationale, il porte l’entière responsabilité de ces crimes odieux. » [6]

Nous devons donc séparer le bon grain de l’ivraie et avoir le courage de retrousser nos consciences sans la moindre hésitation. Pour comprendre pourquoi le président persiste et signe sur la question de l’armée. Il faut aller plus loin que sa simple vision de manipulateur pour comprendre pourquoi sa réponse est oui, trois fois oui, à la question du rétablissement de l’armée. Au point de commencer à scier la branche sur laquelle il est assis, l’international. Le style vivant de Martelly a de l’effet et lui fait toucher juste à tout coup. Ayant pu battre les forces démocratiques en misant seulement sur son audace et sa popularité d’artiste, il est maintenant en droit de se demander s’il ne peut pas diriger le pays au rythme de Fè Wana mache. L’interdiction de la chanson n’est en fait qu’un coup d’épée dans l’eau. La mesure n’a aucun effet. Surtout à un moment où le gouvernement utilise la force de ses gros bras pour disperser une réunion de l’opposition à l’Arcahaie et condamne sans tarder ce coup de force. Des tâtonnements avec les pratiques tonton-macoutes pour inaugurer des retrouvailles dans des dédales secrets avec ces suppôts de l’enfer. Se ou kout dlo cho, ou kout dlo fret. Le gouvernement s’enlise dans un monde absurde et angoissant avec un sans-gêne particulier. Le cynisme du pouvoir s’est déjà montré en Haïti en maintes occasions. On prend de la main gauche ce qu’on donne de la main droite. Duvalier l’avait fait en attaquant les fidèles dans les églises et en publiant ensuite un communiqué de désapprobation des actes de répression que ses sbires venaient d’exécuter. Ce sont des traditions despotiques qui ont la vie dure. Des traditions fascistes qui prévalent encore. Pauvres d’esprit donc ceux qui prennent les déclarations de condamnation du gouvernement pour de l’argent comptant.

Le détournement des idéaux humains

La question de la gestion du pays par la violence du Fè Wana mache se pose de manière dramatique. Et avec même un certain suspense. Car, si une face de cette chanson est la violence contre les femmes, l’autre est la débauche de la jeunesse mise en avant par ce tube qui fait école. En effet, les passions de la débauche se déchaînent parmi les jeunes. Les chanteurs de ce genre de tubes ont une aura et sont chouchoutés. Au point même de donner l’illusion d’avoir imposé un président au pays. Au point que Frantz Duval, rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste, a cru nécessaire de consacrer un éditorial à la chanteuse Shassy [7] de Map Tchat, un tube aussi populaire dans les milieux moins aisés que ceux de la clientèle de Fè Wana mache au hit parade haïtien. Avec des paroles qui ne volent pas très haut et ne faisant aucune place à la violence, Shassy et ses amies ont suffisamment d’atouts dans leur jeu pour faire écho à Wana mache et provoquer des dommages collatéraux dans les couches défavorisées.

Les jolies filles de Map Tchat ne reculent devant rien pour donner et se donner du plaisir. En leur donnant une grande couverture, Frantz Duval s’est attiré les foudres des cercles conservateurs dans un milieu où la politique de l’autruche est monnaie courante. Il a en même temps enfoncé une porte ouverte, car la popularité de ce groupe est un phénomène qui saute aux yeux. Surtout depuis le choix du candidat Martelly comme président de la république. Qui a mis au service de la politique les divertissements d’un goût douteux et la valorisation des bas instincts. Le processus de détournement de l’existence et des idéaux humains se fait par le chemin du divertissement. La prouesse de la même Shassy, de son vrai nom Chasmaille Odera [8], est arrivée, on ne sait comment, jusque sous les projecteurs du Wall Street Journal de New York, qui lui a consacré un article dans sa livraison du 11 septembre 2012. Cette femme de 20 ans se présente comme symbole d’une jeunesse haïtienne en proie à une terrible psychose qui risque d’être incurable si on n’y fait rien.

Ceci est particulièrement important, surtout dans ce pays où 70% de la population a moins de 35 ans [9]. Ces gens sont donc nés à partir de 1978 et les rares qui ont eu accès à l’instruction charrient avec eux tous les handicaps hérités du duvaliérisme et de la période post-Duvalier. A cet égard on se rappellera que la réforme Joseph Bernard de 1979-1980 a été tuée dans l’œuf par les propres dirigeants duvaliéristes du pays. Plus soucieux de propagande que de résultats pour la population, le gouvernement se débarrassera de Bernard pour faire augmenter les taux de réussite aux examens du baccalauréat. Ces taux de réussite qui étaient de 20% sous Bernard ont doublé avec son successeur Franck Saint-Victor pour retomber à 18% sous le ministre Gérard Dorcelly. Les bases étaient jetées pour amorcer une rupture générationnelle avec la mise en avant de représentations tournant autour de l’imaginaire du plaisir et de la débauche. (à suivre)—

1- Nous écrivons Wana avec un seul n pour respecter la graphie officielle du créole publiée en janvier 1980.
2- « Five Uruguayan marines sentenced to jail for ‘gross misconduct’ in Haiti », Montevideo, MercoPress, September 20, 2011.
3- « Two Pakistani UN soldiers jailed for raping Haitian boy », BBC, March 13, 2012.
4- Carol J. Williams, « U.N. confronts another sex scandal In Haiti, more than 100 peacekeepers from Sri Lanka have been deported on suspicion of illicit liaisons », Los Angeles Times, December 15, 2007
5- Johanne Tremblay, Mères, pouvoir et santé en Haïti, Paris, Karthala, 1995, p. 225
6- Max Vallès, Coumbite des pauvres, P-au-P, Édition Fardin, 1989, p. 23
7- Frantz Duval, « Shassy, it girl, chanteuse, vedette d’un sextape », Le Nouvelliste, 5 décembre 2012
8- « In These Countries, BlackBerry Is Still King—Of Pop Culture », Wall Street Journal, September 11, 2012
9- Tendances et Perspectives de la Population d’Haïti au niveau des Départements et Communes-MEF-IHSI-Direction des Statistiques Démographiques et Sociales (DSDS), Février 2009

Diriger un pays au rythme de Fè Wana mache (Première de deux parties) par Leslie Péan

http://radiokiskeya.com/spip.php?article9399

Par Leslie Péan, 16 janvier 2013

Publié le samedi 19 janvier 2013

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