les 50 ans du massacre du 26 avril 1963, orchestré par le régime du dictateur François Duvalier


La conférence a eu lieu à la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), qui a également organisé une exposition de photos des victimes de cette grande opération répressive. (Voir ici le programme de la journée de commémoration)

Danièle Magloire, présidente du Comité contre l’Impunité, qui regroupe les victimes du régime, a également pris part à la conférence, en présence notamment de la Protectrice du Citoyen, Florence Élie, des parents et proches de victimes et de nombreux jeunes.

Retraçant le parcours sanglant du régime dictatorial de Duvalier, Soukar a catégoriquement réfuté la thèse de ceux qui évoquent « la prescription » pour tenter de soustraire Jean-Claude Duvalier, successeur de son père en tant que président à vie, de la justice.

Avis partagé par Danièle Magloire, qui en même temps part en guerre contre le négationnisme. « Par éthique, Duvalier à droit à une défense », reconnaît-elle. Mais « nier les crimes qui se sont produits est inacceptable », s’insurge la défenseure des droits humains.

Ainsi, ajoute-t-elle, si les avocats peuvent défendre leur client, ils ne sauraient en aucun cas « injurier les victimes (comme le font les défenseurs de Duvalier) et méconnaître les faits ».

Dans l’affaire Duvalier, poursuivi en justice pour crime contre l’humanité et détournement de fonds, les avocats ont eux-mêmes aussi un « devoir d’éthique ».

Le 26 avril 1963 rappelle le massacre de plusieurs familles notamment de militaires, soupçonnés d’implication dans une tentative d’enlèvement de Jean-Claude Duvalier.

Lors de ce vaste carnage, des maisons avaient été incendiées avec leurs occupants, des enfants enlevés, des familles entières arrêtées, torturées, tuées et disparues.

Duvalier se noie dans le crime

 A propos du contexte de l’époque, Soukar explique que 1963 est une « année qui s’annonçait très mouvementée », au cours de laquelle Duvalier tente d’établir définitivement son régime autoritaire.

Il se sert bien de problèmes avec Clément Barbot, un chef militaire emprisonné, remis en liberté, mis en résidence surveillée, qui s’est échappé et qui déclenche une guérilla urbaine.

En pleine guerre froide, alors que Duvalier reçoit des pressions d’une aile de l’establishment américain et est mal vu du voisin dominicain, le 26 avril « il fonce » et « tire sur tout ce qui bouge ».

À partir de ce moment, raconte l’historien, Duvalier se noie dans le crime au point de reconnaître lui-même « qu’il ne sortira du palais que pour aller au cimetière ».

Récidive en 1964 à Jérémie (Sud-ouest), où à nouveau, « il arrive (comme le 26 avril 1963) à assassiner des bébés ».

Parallèlement, une répression sauvage sévit en milieu paysan, particulièrement dans l’Artibonite (Nord), ou les terres des agriculteurs sont systématiquement confisquées. La répression syndicale bat aussi son plein. Les syndicats sont noyautés et des syndicalistes assassinés.

Le régime qui promeut le noirisme et prétend défendre les intérêts des classes moyennes, bénéficie en fait d’une « alliance avec la grande bourgeoisie contre les ouvriers et paysans », relève l’historien. « Cette grande bourgeoisie mettait ses contacts diplomatiques au service de Duvalier », précise-t-il, et la communauté internationale a joué la carte de la « complicité » en hissant et soutenant au pouvoir « un prédateur ».

Un régime issu de nulle part ?

« Duvalier et le duvalierisme ne sont pas tombés du ciel. Ils sont le produit de cette société » : telle est la thèse de Michel Soukar. Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire d’Haïti, il y a eu des massacres… « Mais le pic est atteint avec Duvalier ».

C’est d’ailleurs « dans le sang » qu’il prend le pouvoir lors des premières élections au suffrage universel direct en 1957, dans un contexte de crise économique. Les élections truquées ont lieu suite à la répression sauvage par l’armée des partisans de Daniel Fignolé (rival de Duvalier) dans les faubourgs de Port-au-Prince, où, selon des témoignages, des victimes sont enterrées sans avoir été achevées (« Y al mouri anba »).

Dans le contexte de la guerre froide, de la croisade anti-communiste et de la violence organisée un peu partout en Amérique Latine, les Américains appuient Duvalier, « habité par la mégalomane, la paranoïa et la folie suicidaire ».

Il crée sa milice, les Volontaires de la Sécurité Nationale, appelés encore les « Tontons macoutes ». « Vous êtes sauvages, je vous aime sauvages », leur répète Duvalier, seul maître reconnu par ce corps qui « rivalise avec les services secrets et supplante l’armée ».

Après le massacre de 1963, « le macoutisme devient le banditisme officialisé » et s’installe alors « un système de répression permanente » en Haiti, jusqu’à la révolte populaire de 1986, qui a mis fin au régime sanguinaire de Duvalier père et fils.

Après la chute de la dictature, le 26 avril 1986, les Forces Armées d’Haïti (Fadh) massacreront des manifestants devant le Fort-Dimanche (une prison politique sous le régime), symbole de l’ère Duvalier, non loin du bord de mer de la capitale. [gp apr 26/04/2013 18:00]

Par Gotson Pierre

http://www.alterpresse.org/spip.php?article14458

P-au-P, 26 avril 2013 [AlterPresse] — Le Comité de commémoration du 26 avril appelle la population haïtienne à l’accompagner dans l’accomplissement du « devoir patriotique qu’est le devoir de mémoire » lié au massacre du 26 avril 1963, orchestré par le dictateur François Duvalier, père de Jean Claude.

Le 26 avril 1963 rappelle le massacre de plusieurs familles notamment de militaires, soupçonnés d’implication dans une tentative d’enlèvement de Jean-Claude Duvalier.

Lors de cette opération sanglante, des maisons avaient été incendiées avec leurs occupants, des enfants enlevés, des familles entières arrêtées, torturées, tuées, disparues.

« C’est avec une très grande émotion et aussi une profonde humilité que je m’adresse à vous pour honorer la mémoire de nos chers disparus : nos pères, nos mères, nos enfants, nos fils, nos filles, nos frères, nos sœurs et nos amis », exprime l’une des membres de ce comité, Marguerite Bouchereau Clérié, lors d’une conférence de presse à laquelle a pris part AlterPresse, le mercredi 24 avril 2013.

Elle précise que ce devoir de mémoire n’a rien à voir avec la revanche encore moins la vengeance. C’est une pratique de recherche historique pour la connaissance des faits dans leur moindre détail autour du massacre du 26 avril, explique t-elle.

Elle souligne que la pratique du devoir de mémoire vise à « comprendre ce qui s’est passé pour que cela ne se reproduise plus jamais, en d’autres mots comprendre ce qui s’est passé pour empêcher le retour des conditions politiques et sociales qui ont permis l’instauration de ces régimes autoritaires ».

« Il faut nommer les bourreaux et les juger si possible pour qu’ils sachent que la société leur reproche leurs crimes. Il faut aussi célébrer les anges gardiens, ces hommes et ces femmes qui au mépris de leur propres vies sont venus en aide à des victimes ou se sont interposés entre bourreaux et victimes ».

Pour Clérié, dont le père a disparu lors des évènements du 26 avril 1963, le devoir de mémoire est aussi une pratique de support aux survivants, une reconnaissance importante de leurs souffrances passées et présentes.

Quels mécanismes sociaux conduisent des êtres humains à sombrer dans la cruauté dans la barbarie, s’interroge t-elle, avec une pointe d’émotion.

« Il faut éduquer et éduquer en permanence. C’est une manière de forcer une société à voir et à reconnaitre ses pires horreurs. C’est une manière de maintenir présent à l’esprit de tous, les actes de cruauté dont se sont rendus coupables les dictateurs de tous bords et leurs multiples collaborateurs », encourage t-elle.

Pour sa part, la coordonnatrice du Collectif contre l’impunité, Danièle Magloire, rappelle le combat difficile mené en Haïti depuis le retour du dictateur Jean Claude Duvalier (janvier 2011) en vue de faire échec à l’impunité, refuser la banalisation de la dictature et la négation des crimes contre l’humanité perpétrée par les Duvalier.

Elle mentionne les témoignages des plaignants et plaignantes du Collectif depuis février 2013 devant la cour d’appel sur les violations subies et les innombrables exécutions et disparitions des citoyens et citoyennes durant le régime duvaliériste.

Dans cette affaire, le dictateur Jean Claude Duvalier est poursuivi pour crimes contre l’humanité et détournements de fonds.

Elle condamne le comportement des défenseurs, supporteurs et héritiers de Duvalier qui jettent le blâme sur les victimes et insultent la mémoire des milliers de personnes broyées par la machine duvaliériste.

« Si le peuple haïtien n’avait pas fait le 7 février 1986, nous aurions eu droit à un deuxième héritier assumant, comme le premier, le prix du sang, la politique d’anéantissement du pays », avance Magloire pour critiquer le petit-fils de François, fils du dictateur Jean Claude, en l’occurrence François Nicolas Duvalier.

Ce dernier a tenté, sans vergogne, de réhabiliter son grand-père à travers un texte publié dans le Nouvelliste à la veille de la commémoration de la date symbolique du 26 avril.

Soulignant la valeur symbolique de cet événement dans l’histoire d’Haïti, le Collectif appelle à refuser l’oubli, honorer la mémoire des victimes et la résistance et, surtout, exhorte à la « vigilance citoyenne ». [emb kft gp apr 26/04/2013 04:00]

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