Le Vrai Discours Actuel de Hermann Cebert

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Ce qu’il faut savoir sur la comète du siècle


 

Photo : NASA APPEL / CC BY-NC 2.0

Photo : NASA APPEL / CC BY-NC 2.0

Le 28 novembre, la comète ISON pénètrera dans l’atmosphère du Soleil et volera à un peu plus d’un million de kilomètres de la surface de l’étoile. Si la comète survit à l’expérience, ce qui n’est absolument pas garanti, elle pourrait alors briller aussi fort que la Lune. Quant à la queue de la comète, elle illuminerait le ciel étoilé, une fois la nuit tombée, offrant un spectacle grandiose à l’échelle mondiale [Ajout: elle ne sera visible que le soir, de décembre à février, passant au plus proche de la Terre le 26 décembre].

Si, au contraire, la comète se désintègre, le grandiose pourrait quand même être au rendez-vous, au travers d’un collier de perles visible depuis un télescope.

La comète a été découverte en septembre 2012 par les astronomes russes Vitali Nevski et Artyom Novichonok, qui l’ont baptisé du nom de leur programme de surveillance du ciel, l’International Scientific Optical Network, qui regroupe des observatoires dans 10 pays.

Selon les mesures prises par le télescope Hubble en avril dernier, la tête de la comète fait 1,2 fois la taille de l’Australie. Quant à sa queue, on estime qu’elle s’étend sur 92 000 kilomètres, soit plus de deux fois la circonférence de la Terre.

Si l’on parle de la comète ISON comme l’une des comètes les plus brillantes des 50 dernières années, plusieurs experts de la NASA appellent à la retenue, l’un rappelant notamment qu’en 1973, la dernière « comète du siècle » s’était avérée être une totale déception.

« Tenter de prédire le comportement des comètes, c’est comme tenter de prédire le comportement des chats – c’est impossible », a ainsi expliqué non sans humour Don Yeomans à CNN.

Mise à jour: voyez, grâce à ce gif animé, la comète s’approcher du Soleil.

© SOHO/LASCO C3

© SOHO/LASCO C3

http://www.lactualite.com/blogues/le-fouineur/ce-quil-faut-savoir-sur-la-comete-du-siecle/

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Annonce de décès de Bruno Deslouches


C’est avec une très grande tristesse que j’annonce la mort de Bruno Deslouches, un camarade, un frère, un ami, un militant politique qui a oeuvré au sein des organisations populaires: les comités de quartier, les organisations des droits des femmes, les assemblées municipales et au sein de tant d’autres organisations des droits humains.
 
Homme d’une grande intelligence qui avait une très belle plume alors que Gestionnaire hors pair
 
À toute la famille Deslouches, sa femme et ses enfants, ses frères et soeurs, je présente mes Sincères Condoléances.
 
 
Photo de Marie Dominique Deslouches.
 
FUNERAL BRUNO DESLOUCHES 54 ANS .SERVICE WILL BE ON SATURDAY @ 10H30 @ ST ANNE & ST JOACHIM CHURCH @217-19 HOLLIS AVENUE QUEENS VILLAGE N.Y THEN WE GO TO THE GREENFIELD CEMETERY LUNCH @ 1H30 TO X.THANKS
Photo de Burthonley Deslouches Glemaud.
 
 
  • WALE OU KITE MOUN NAN LA PEN NAN LA PEN .WALE OU KITE MOUN AP KRIYE AP KRIYE WALE OU KITE MOUN AP PANSE AVEU AP PANSE AVEU .WALE OU KITE PITIT FANMI AK ZANMI OU KITE PITIT FANMI AK ZANMI. WALE OU KITE NOU NAN SOUFRANS NAN SOUFRANS MEN NOU PAP ZA’M BLIYEU.PAP ZA’M BLIYEU ,.WALE BON PA ZA’M DURE PAZA’M DURE.NOU PAP ZA’M FIN REMENW.

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La CARICOM condamne vigoureusement la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine et demande aux Dominicains de sursoir


27 novembre 2013, à 07:00

La CARICOM condamne vigoureusement la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine et demande aux Dominicains de sursoir à l’application de cette mesure

 

  • La Communauté des Caraïbes suspend l’examen de la demande  dominicaine à l’adhésion de la CARICOM

 

  • La CARICOM sollicite l’appui de la communauté internationale pour forcer les Dominicains à rectifier le tir

 

Port-au-Prince, mardi 26 Novembre 2013. Le Bureau de Communication de la Présidence informe la population en général et la Presse en particulier   que le Président de la République, S.E.M. Michel Joseph Martelly, est rentré au pays ce mardi 26 Novembre, après sa participation à Trinité et Tobago à la réunion spéciale du Bureau des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté des  Etats  de la Caraïbe (CARICOM) sur l’effet de la sentence TC/0168/13 adoptée par la Cour Constitutionnelle dominicaine en date du 23 Septembre 2013.

 

A l’issue de cette réunion, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) a  vigoureusement condamné cette  décision jugée odieuse et discriminatoire qui prive rétroactivement des dizaines de milliers de Dominicains, la plupart d’origine haïtienne, de leur citoyenneté, les rend apatrides et sans  recours en appel.

 

Par ailleurs, les Etats membres du Marché Commun Caribéen dénoncent la violation par la République Dominicaine de la décision adoptée en 2005 par la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) relative aux pratiques d’immigration, en conformité avec les dispositions de la Convention américaine sur les droits de l’homme ; alors que la République dominicaine avait paraphé ce document. La Communauté des Caraïbes fait remarquer  que cette mesure viole également, par là, les obligations internationales prises par la République dominicaine.

 

Aussi, les Etats membres de la CARICOM réitèrent-ils leur appel au gouvernement de la République dominicaine pour qu’il prenne, de toute urgence, les mesures politiques, législatives, judiciaires et administratives nécessaires pour remédier à la grave situation humanitaire que peut provoquer cette décision. La Communauté invite également les pays et les organisations régionales et continentales à prêter leur voix pour exhorter la République dominicaine à rectifier le tir.

 

La CARICOM  félicite  l’intervention du Venezuela en vue d’aider à résoudre le problème. Cependant, elle a décidé de revoir ses relations avec la République dominicaine. Aussi, suspend-elle l’examen de la requête dominicaine à intégrer la Communauté des Caraïbes. En outre, elle entend également reconsidérer ses relations à d’autres niveaux  à savoir : la CARIFORUM, la CELAC et l’OEA.

 

D’un autre côté, la CARICOM soutient une visite de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme en République Dominicaine et demande un avis consultatif de la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme. La Communauté examinera également l’introduction d’une résolution à l’Assemblée Générale des Nations-Unies pour condamner la  décision de la Cour Constitutionnelle dominicaine.

 

La CARICOM, qui fait de ce dossier sa plus grande priorité, demande à la communauté internationale de faire pression également sur le gouvernement  dominicain pour qu’elle sursoie à l’application de cette décision attentatoire aux droits des personnes d’origine haïtienne nées en République dominicaine.

 

La Communauté subordonne la reprise de ses relations habituelles avec la République dominicaine à l’adoption,  dans le plus bref délai, par cet Etat, de mesures crédibles et immédiates circonscrites dans le cadre d’un plan global pour résoudre le problème de la nationalité et les autres questions auxiliaires.

Le Président de la République, S.E.M. Michel Joseph Martelly, réaffirme la détermination de son administration à garantir les droits de tous les Haïtiens et à œuvrer dans le sens des intérêts supérieurs de la nation.

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PROPOS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE D’HAÏTI S.E.M. JOSEPH MICHEL MARTELLY PRONONCÉS À TRINIDAD AND TOBAGO 26 NOVEMBRE 2013


27 novembre 2013, à 13:26

Excellences Mesdames, Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Monsieur le Secrétaire Général de la CARICOM,

Mesdames messieurs,

Je voudrais en tout premier lieu adresser mes sincères remerciements au Président, au Premier Ministre et à l’ensemble du Gouvernement et du Peuple de Trinité et Tobago pour la qualité de l’accueil réservée à la délégation haïtienne. Je souhaite également exprimer ma reconnaissance au Caucus de la CARICOM qui a pris l’initiative d’organiser cette conférence qui vient à point nommé. Elle a lieu deux mois après l’arrêt ignominieux de la Cour constitutionnelle de la République Dominicaine de déchoir de leur nationalité des dizaines de milliers de citoyens dominicains d’ascendance haïtienne. A cet égard, je tiens à faire part de ma profonde appréciation à nos partenaires de la CARICOM qui, dès le départ, ont pris position en faveur du droit, de l’équité et de la légalité internationale.

Mesdames, messieurs.

L’Arrêt du 23 septembre 2013 de la Cour Constitutionnelle de la République Dominicaine ravit des droits acquis de toute une communauté d’hommes, de femmes et d’enfants s’étendant sur plusieurs générations, à partir de 1929. Ce qui est tout a fait paradoxal, car l’Article 18, alinéa 2 de la Constitution Dominicaine de 2010 dispose : “ sont dominicains (toutes personnes possédant la nationalité dominicaine avant l’entrée en vigueur de cette constitution “. En précisant “ avant l’entrée en vigueur de cette constitution”, il est clair que cet article réaffirme le principe de  la non-rétroactivité de la loi eu égard à la possession de la nationalité dominicaine. En outre, l’article 110 de la Constitution dominicaine de 2010 garantit la non-rétroactivité de la loi qui est un principe général du droit visant à assurer la sécurité juridique et, en conséquence, ayant encore plus de valeur que la loi elle-même.

Ainsi, son caractère rétroactif crée pour ces centaines de milliers de personnes un gouffre juridique que le droit international réprouve. Bien plus, il fait planer un risque élevé de violation massive des droits de toute une communauté, y compris la menace immédiate de refoulement, de déportation et de répressions connexes.

Les répercussions de cette sentence, si elle devait être appliquée, seraient multiples en matière de droit. L’une de ses incidences, et non des moindres, est la perspective d’un statut d’apatride pour les membres de la communauté concernée. Comme l’a fort justement souligné le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, cet arrêt a pour effet de plonger les citoyens visés dans “un vide constitutionnel qui en ferait des apatrides privés d’accès aux services de base”.

 

 

Les conséquences de cette sentence sont tout aussi graves sur le plan des droits de l’homme, puisque les personnes concernées sont exclues de la communauté nationale dominicaine et perdent leurs droits civiques, comme le droit de vote, celui de se porter candidat à des charges électives dans certains cas, la perte d’emploi, la diminution du droit de propriété.

De façon concrète, cette sentence affecte dramatiquement entre 210.000 et 250.000 citoyens dominicains d’origine haïtienne. Je vous fais grâce d’un ensemble d’obligations juridiques internationales découlant de conventions régionales ou multilatérales qui sont ainsi bafouées. Qu’il me soit néanmoins permis de citer, à titre d’illustration:

L’article 15 de la Déclaration universelle des droits de l’homme; les articles 8 et 9 de la Convention sur la réduction des cas d’apatridie du 30 avril 1961;

Les dispositions des articles 2.1 et 5 de la Convention sur l’interdiction de toute forme de discrimination raciale du 21 décembre 1965;

La Déclaration et le Programme d’action du Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’homme du 25 juin 1993;

Les dispositions des articles 1 alinéa 1, 2 alinéa 1 et 20 alinéa 3 de la Convention américaine relative aux droits de l’homme. 8. Il en découle que l’arrêt du 23 septembre 2013 du Tribunal Constitutionnel dominicain est une mauvaise solution, juridiquement infondée et humainement inacceptable.

Par ailleurs, sur le plan diplomatique, la décision de la Cour Constitutionnelle dominicaine vient incontestablement remettre en cause la configuration des relations bilatérales haïtiano- dominicaines, telle qu’elles se sont construites et développées depuis la deuxième moitié du 20è siècle.

L’État haïtien, il va de soi, ne peut rester indifférent au sort de la communauté d’ascendance haïtienne en République Dominicaine. Et dans le droit fil du devoir de protection consacré par le droit international, l’État haïtien a entrepris des représentations officielles auprès des autorités dominicaines aux fins de faire valoir les points suivants:

• La déchéance de la nationalité est destinée à sanctionner des comportements déviants et des faits répréhensibles, délictueux ou criminels;

• La déchéance d’une communauté de sa nationalité, outre le fait qu’elle est une procédure inusitée, ne doit pas être un mode de gestion des défis qui se posent à une société en matière d’immigration;

• La décision du 23 septembre 2013 revêt toutes les apparences d’une procédure exceptionnelle ciblant une communauté particulière et est, de ce fait, attentatoire aux droits humains fondamentaux tels que visés par les Pactes internationaux et régionaux en la matière.

Tout naturellement, le Gouvernement haïtien est très préoccupé par cette décision qu’il condamne avec la plus grande vigueur, aussi bien par principe que pour des raisons d’ordre légal et humanitaire.

A cet égard, désireux de protéger les descendants de sa diaspora et soucieux de préserver les meilleures relations avec sa voisine orientale, j’ai instruit le Ministre des Affaires Etrangères d’explorer toutes les possibilités de discussions et d’échanges avec les autorités dominicaines aux fins de faire prévaloir le mot de la raison, de l’équité, de l’humanité et du droit.

Des discussions ont eu lieu la semaine écoulée à Caracas, sous les auspices de la République Bolivarienne du Venezuela, jouant le rôle de facilitateur. À l’issue de ces discussions, une déclaration conjointe a été signée entre Haïti et la République Dominicaine, réitérant notre foi dans le dialogue, et précisant que la République Dominicaine sauvegardera les droits inaliénables et la sécurité juridique des personnes ciblées par cette décision.

Je me réjouis des réactions quasi spontanées de condamnation ou de réprobation qu’a suscitées cette sentence pour le moins arbitraire. En effet, suite à la publication de cette décision, on a enregistré une pluie de réactions au niveau de la Caraïbe et du monde : des États, des organisations internationales, des organisations non gouvernementales, des secteurs associatifs, des médias, des personnalités et des citoyennes et citoyens de partout ont exprimé leur très grande préoccupation.

Il est très important de souligner que ces réactions ont été motivées par des raisons qui dépassent de très loin la question de l’origine ancestrale. Il s’agit pour les protestataires de dénoncer une mesure privative d’un droit aussi fondamental et essentiel que la citoyenneté.

Cette manifestation de solidarité est aussi la preuve de la volonté des Etats de la CARICOM à préserver la stabilité de la région qui est sévèrement menacée par l’application effective de l’arrêt en question. Les conséquences possibles risquent de dépasser toutes les attentes en termes de convulsions sociales, d’exclusion et de crise humanitaire au sein de la société dominicaine elle-même, avec très probablement des répercussions au niveau régional.

Je voudrais exprimer ma sincère gratitude au Premier Ministre de Saint Vincent et les Grenadines, le Docteur Ralph Gonsalves; au Premier Ministre de Trinité et Tobago, Kamala Persad-Bissessar et à l’ensemble des Etats de notre communauté de la Caraïbe pour leur ferme et constant soutien à cette juste cause qui est celle de la défense des droits de l’homme dans leur universalité et leur humanité.

 

 

 

 

Mesdames Messieurs les Chefs de Gouvernement,

 Chers amis de la CARICOM,

Mon pays, la République d’Haïti, a toujours été à l’avant-garde dans la défense des droits de la personne. Depuis le 1er janvier 1804, date de la proclamation de notre indépendance, nous avons fait de notre pays le phare avancé de la liberté, la terre où tous les Noirs, en le foulant, devenaient libres et accédaient à la nationalité haïtienne. Nous avons promené la flamme de la liberté dans l’Amérique Espagnole en contribuant à l’indépendance de la Grande Colombie.

La République du Venezuela, se souvenant de la fraternité qui unissait El Libertador  au Premier Président haïtien, Alexandre Pétion, sous le leadership du regretté Homme d’État, Hugo Chavez, dont j’évoque la mémoire avec émotion, est venue en aide à mon pays.

La République d’Haïti, mes chers amis, a beaucoup souffert pour avoir osé bousculer le vieux moule de l’esclavage et intégré la grande famille des Noirs que nous sommes, au sein de la communauté humaine. Nous avons payé très cher notre exploit et fumes frappés d’ostracisme par les puissances colonialistes.

Il a fallu l’avènement du grand Abraham Lincoln à la présidence des Etats-Unis pour qu’après la proclamation de l’émancipation, l’indépendance d’Haïti soit reconnue en 1863. Soit 60 ans après la première révolution triomphante d’esclaves.

Toutes ces vicissitudes ont contribué à notre retard et expliquent sans nul doute le sous-développement de la première République nègre indépendante du monde. L’embargo commercial dont nous fumes victimes nous obligea à jeter en mer nos productions caféière, sucrière, indigotière et autres, appauvrissant ainsi celle qui avait été la plus riche colonie de Saint Domingue.

Excellences,

 Chers Collègues,

Mesdames, Messieurs,

À l’instar de tous les États de la région, la République Dominicaine et la République d’Haïti s’évertuent, depuis plusieurs décennies, à construire des institutions étatiques solides, à promouvoir et à consolider les acquis démocratiques gagnés, dans les deux cas, au prix de longues luttes et surtout au prix de beaucoup de sacrifices. Nous nous attachons très fermement au respect de la légalité, des droits de l’homme et de nos engagements internationaux.

Dans ce même esprit, les dirigeants de la République d’Haïti et ceux de la République Dominicaine n’arrêtent pas de multiplier des initiatives et de prendre des actions pour rapprocher les deux peuples, dissiper certaines incompréhensions et harmoniser les rapports entre les deux Etats.

Tant pour Haïti que pour la République Dominicaine et pour tous les États de la région, l’expérience démocratique ne se fait pas sans heurts, lesquels sont souvent difficiles, mais non impossibles à surmonter. Et dans la plupart des cas, on ne peut s’en sortir qu’en se mettant à l’écoute de pays amis ayant eu, par le passé, à surmonter des difficultés semblables ou en recourant à la médiation ou l’arbitrage d’organisations intergouvernementales, régionales ou mondiales, dont les membres partagent des valeurs et des idéaux communs. Le respect mutuel, la compréhension réciproque et la solidarité sont les maîtres-mots pour nous aider à faire face à des moments difficiles ou à surmonter certaines épreuves.

Aussi influents que puissent être les secteurs qui sont supposément à l’origine de cette décision, leurs intérêts ne peuvent pas occulter les intérêts supérieurs de la République Dominicaine.

Le peuple dominicain est bien plus proche d’un de ses journalistes les plus respectés et crédibles comme Juan Bolivar Diaz, ayant appelé le Président Medina à « freiner le génocide civil », que de ce petit secteur malintentionné et manipulateur.

Il m’a été rapporté qu’à l’issue d’une réunion internationale sur la Décision, un officiel haïtien a été abordé par un jeune étudiant dominicain qui a jugé bon de lui présenter ses excuses à causse de la décision et de le rassurer que celle-ci ne traduit pas le sentiment du peuple dominicain pour leurs compatriotes d’origine haïtienne. L’officiel haïtien avait donc tenu à rassurer le jeune humaniste qu’il a bien compris que le peuple dominicain n’a rien à voir avec l’adoption de cette mesure de haine et qu’il la réprouve.

Excellences,

 Chers Collègues,

Mesdames, Messieurs,

Je me félicite que la Communauté Caribéenne se soit penchée, au plus haut niveau, sur cette question qui n’est autre qu’une grave anomalie juridique susceptible de nuire au climat de sérénité, de stabilité et de bon voisinage qui s’installe progressivement dans notre région.

J’en profite pour déplorer les nouveaux actes de violence perpétrés récemment, soit le week-end écoulé, contre des ressortissants haïtiens sur le territoire dominicain. Nous condamnons et continuerons de condamner pareils agissements qui sont des actes xénophobes, indiscriminés contre la communauté haïtienne en République Dominicaine, sous le fallacieux prétexte de l’implication présumée de certains de ses membres dans des actes criminels.

Je fais appel aux autorités dominicaines à diligenter une enquête rapide pour identifier et punir leurs auteurs, mais aussi à prendre les dispositions nécessaires pour éviter la répétition de ces actes qui surviennent trop souvent.

Egalement, j’apprécie le fait que les États de la CARICOM aient non seulement entendu l’appel de Juan Bolivar Diaz, mais aussi qu’ils se le soient approprié comme s’il lui était adressé. C’est la preuve d’une consciente profonde du fait que la décision du Tribunal constitutionnel dominicain est loin d’être une simple question dominicaine, encore moins haïtiano-dominicaine, puisque touchant à un domaine qui transcende les frontières, à savoir : les droits humains, dont la promotion et la défense relèvent de l’universel.

La République d’Haïti souscrit à toutes les positions déjà exprimées par notre organisation (la CARICOM) et à toutes celles qui sortiront de cette importante réunion d’aujourd’hui.

Je place grand espoir dans l’aboutissement de cette démarche de notre organisation régionale visant à contribuer à la résolution de ce problème et à éviter à notre région le génocide civil ou la grave crise humanitaire qui pourrait résulter de l’application de cette décision.

J’en profite pour féliciter et remercier vivement le Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela pour sa récente initiative en vue de faciliter une issue heureuse à ce problème.

Une nouvelle fois, la République d’Haïti exprime sa grande préoccupation et appelle son plus proche voisin à se ressaisir, en se conformant aux principes du droit international des droits de l’Homme et plus particulièrement à l’article 15 alinéa 2 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui stipule, et je cite:

« Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité. »

En cette deuxième décennie du vingtième siècle, chaque homme, où qu’il soit, est devenu solidaire des autres hommes, parce que le monde marche vers une plus grande communauté des vivants.

En temps que peuple noir de ce sous-continent et fier de l’être, notre organisation a un rôle important à jouer dans l’Hémisphère occidental. Qu’elle soit donc une exaltation de la fraternité et un hommage à toutes les forces bienfaisantes de la civilisation.

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Le Gouvernement Haïtien doit assurer le retour de tous les Haïtiens vivant en république dominicaine et fermer la frontière avec eux


Des haïtiens continuent de fuir le Sud de la République dominicaine : 71 nouveaux rapatriés volontaires

Bilan officiel : 2 morts, mais des témoignages font état de l’inhumation de segments de corps

Publié le dimanche 24 novembre 2013

Après un premier groupe de 251 migrants haïtiens qui ont fui, vendredi, le sud de la République dominicaine, 71 autres compatriotes ont regagné le pays ce dimanche, informe le Groupe d’Appui aux Réfugiés et Rapatriés (GARR) dont des représentants se trouvent à la frontière en vue d’accueillir les rapatriés volontaires.

Le nombre d’haïtiens tués depuis vendredi soir dans la zone de Neiba n’est pas encore établi. Certains des témoignages recueillis par le GARR indiquent que des migrants ont été contraints d’ensevelir des segments des corps des personnes tuées. Par conséquent, les rapatriés interrogés affirment n’être pas en mesure de savoir combien de personnes ont été effectivement exécutées.

Le bilan officiel serait jusqu’à présent de deux morts. La tension persiste dans la région où d’autres migrants haïtiens craignent pour leur sécurité.

Les problèmes ont commencé suite à la découverte, vendredi, des corps d’un couple de dominicains à Las Platas. Des accusations ont été immédiatement portées contre des haïtiens établis dans la zone.

L’Office National de la Migration (ONM) a conduit 251 rapatriés volontaires samedi soir vers un centre d’accueil à Marin, en Plaine (nord de Port-au-Prince). [jmd/RK]

Des centaines de réfugiés et rapatriés :

Colette Lespinasse du GARR condamne le climat de violence :

Chasse aux haitiens à Neiba (en RD) suite à la mort suspecte de deux dominicains : au moins un haïtien tué, selon des médias dominicains, beaucoup plus selon d’autres sources

Plus de 250 migrants ont dû fuir la région et revenir en Haïti / Protestations aux abords du Consulat dominicain, à Pétion Ville

Publié le samedi 23 novembre 2013

Une véritable chasse aux haïtiens a été déclenchée vendredi et samedi dans la région de Neiba (sud de la République dominicaine) suite à la découverte à Las Platas des cadavres de deux dominicains, Jose et son épouse Luja, tués vraisemblablement à l’arme blanche.

Des haïtiens ont été accusés d’être les auteurs de ce double meurtre. Du coup, des représailles ont été entreprises par des civils dominicains contre des migrants haïtiens de la région dont certains auraient été tués. Parmi les 300 migrants qui ont dû fuir la région avec l’aide de l’armée dominicaine, certains ont rapporté avoir été contraints de creuser des fosses pour ensevelir des corps. Mais, ils n’étaient pas en mesure d’indiquer s’ils ont vu de leurs yeux des personnes tuées, a déclaré Colette Lespinasse, coordonnatrice du Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés jointe au téléphone samedi soir alors qu’elle se trouvait dans la zone frontalière. Certains médias dominicains font état d’au moins un haïtien tué.

Le bilan pourrait être plus lourd, selon Duckens Bénézier du « Service Jésuite aux Migrants » (SJM).

Arrivés à Fond Parisien, en territoire haïtien, les migrants, dont un nombre élevé d’enfants, ont été récupérés samedi soir par l’Office National de la Migration (ONM) qui les a acheminés vers un centre d’hébergement à Marin, en Plaine.

Des barricades enflammées ont été érigées samedi soir aux abords du Consulat dominicain à Pétion Ville par un groupe de citoyens qui protestaient contre les incidents de Neiba. Des policiers haïtiens se sont rapidement transportés sur les lieux pour assurer la sécurité du siège du Consulat. [jmd/RK]

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l’acte de l’indépendance de Haïti, Textes de Bois-Rond Tonnerre: Secrétaire de jean-Jacques Dessalines


BOISROND TONNERREDessalines voulait, par une cérémonie solennelle, célébrer la Proclamation de l’ Indépendence. En attendant, pour bien montrer qu’ il fallait oublier entièrement la France, il redonna à Saint-Domingue, (ce nom rappelait le système colonial et l’ esclavage) son nom indien d’ HAITI.
Le 31 Décembre, les généraux se réunirent aux Gonaïves pour entendre lire l’ Acte de l’ Indépendance.
“Pour rédiger cet Acte, avait dit Boisrond Tonnerre, il nous faut la peau d’ un blanc pour parchemin, son crâne pour écritoire, son sang pour encre et une baïonette pour plumes”. Et Dessalines, qui avait entendu ces paroles avec plaisir, lui répondit:” Boisrond, je te charge d’ exprimer au peuple mes sentiments à l’ égard des blancs”. Le 1er Janvier 1804, une foule immense et joyeuse se pressait sur la place d’ armes des Gonaïves autour de l’ Autel de la Patrie que dominait seul le Palmiste de la Liberté. Dessalines, entouré du brilliant cortège de ses généraux, gravit l’ Autel de la Patrie. Il prononça un discours qu’ il termina par ces paroles:’ Jurons de combattre jusqu’ au dernier soupir pour l’ Indépendance de notre pays!” Aussitôt de toute les poitrines, jaillit le serment mille fois répétés:“VIVRE LIBRE OU MOURIR”Boisrond Tonnerre, debout à coté de Dessalines, donna ensuite lecture de l’ Acte de l’ Indépendance signé des principaux généraux de l’ Armée.Proclamation de L’ Independence

Le 1er. Janvier 1804

Citoyens,
Ce n’est pas assez d’avoir expulsé de votre pays les barbares qui l’ont ensanglanté depuis deux siècles ; ce n’est pas assez d’avoir mis un frein aux factions toujours renaissantes qui se jouaient tour à tour du fantôme de liberté que la France exposait à vos yeux ; il faut, par un dernier acte d’autorité nationale, assurer à jamais l’empire de la liberté dans le pays qui nous a vus naître ; il faut ravir au gouvernement inhumain, qui tient depuis longtemps nos esprits dans la torpeur la plus humiliante, tout espoir de nous réasservir ; il faut enfin vivre indépendant ou mourir.

Indépendance ou la mort… Que ces mots sacrés nous rallient, et qu’ils soient le signal des combats et de notre réunion.

Citoyens, mes compatriotes, j’ai rassemblé en ce jour solennel ces militaires courageux, qui, à la veille de recueillir les derniers soupirs de la liberté, ont prodigué leur sang pour la sauver ; ces généraux qui ont guidé vos efforts contre la tyrannie, n’ont point encore assez fait pour votre bonheur… Le nom français lugubre encore nos contrées.

Tout y retrace le souvenir des cruautés de ce peuple barbare: nos lois, nos mœurs, nos villes, tout porte encore l’empreinte française; que dis-je? il existe des Français dans notre île, et vous vous croyez libres et indépendants de cette république qui a combattu toutes les nations, il est vrai, mais qui n’a jamais vaincu celles qui ont voulu être libres.

Eh quoi! victimes pendant quatorze ans de notre crédulité et de notre indulgence ; vaincus, non par des armées françaises, mais par la piteuse éloquence des proclamations de leurs agents ; quand nous lasserons-nous de respirer le même air qu’eux ? Sa cruauté comparée a notre patiente modération ; sa couleur à la nôtre ; l’étendue des mers qui nous séparent, notre climat vengeur, nous disent assez qu’ils ne sont pas nos frères, qu’ils ne le deviendront jamais et que, s’ils trouvent un asile parmi nous, ils seront encore les machinateurs de nos troubles et de nos divisions.

Citoyens indigènes, hommes, femmes, filles et enfants, portez les regards sur toutes les parties de cette île ; cherchez-y, vous, vos épouses, vous, vos maris, vous, vos frères, vous, vos sœurs; que dis-je? cherchez-y vos enfants, vos enfants à la mamelle ! Que sont-ils devenus ?… Je frémis de le dire… la proie de ces vautours. Au lieu de ces victimes intéressantes, votre œil consterné n’aperçoit que leurs assassins ; que les tigres encore dégouttants de leur sang, et dont l’affreuse présence vous reproche votre insensibilité et votre lenteur à les venger. Qu’attendez-vous pour apaiser leurs mânes ? Songez que vous avez voulu que vos restes reposassent auprès de ceux de vos pères, quand vous avez chassé la tyrannie ; descendrez-vous dans la tombe sans les avoir vengés ? Non, leurs ossements repousseraient les vôtres.

Et vous, hommes précieux, généraux intrépides, qui insensibles à vos propres malheurs, avez ressuscité la liberté en lui prodiguant tout votre sang ; sachez que vous n’avez rien fait si vous ne donnez aux nations un exemple terrible, mais juste, de la vengeance que doit exercer un peuple fier d’avoir recouvré sa liberté, et jaloux de la maintenir ; effrayons tous ceux qui oseraient tenter de nous la ravir encore : commençons par les Français…

Qu’ils frémissent en abordant nos côtes, sinon par le souvenir des cruautés qu’ils y ont exercées, au moins par la résolution terrible que nous allons prendre de dévouer à la mort quiconque, né français, souillerait de son pied sacrilège le territoire de la liberté.

Nous avons osé être libres, osons l’être par nous-mêmes et pour nous-mêmes ; imitons l’enfant qui grandit : son propre poids brise la lisière qui lui devient inutile et l’entrave dans sa marche. Quel peuple a combattu pour nous ? Quel peuple voudrait recueillir les fruits de nos travaux ? Et quelle déshonorante absurdité que de vaincre pour être esclaves. Esclaves !…

Laissons aux Français cette épithète qualificative : ils ont vaincu pour cesser d’être libres.

Marchons sur d’autres traces ; imitons ces peuples qui, portant leur sollicitude jusque sur l’avenir, et appréhendant de laisser à la postérité l’exemple de la lâcheté, ont préféré être exterminés que rayés du nombre des peuples libres.

Gardons-nous cependant que l’esprit de prosélytisme ne détruise notre ouvrage ; laissons en paix respirer nos voisins, qu’ils vivent paisiblement sous l’empire des lois qu’ils se sont faites, et n’allons pas, boutefeux révolutionnaires, nous érigeant en législateurs des Antilles, faire consister notre gloire à troubler le repos des îles qui nous avoisinent : elles n’ont point, comme celle que nous habitons, été arrosées du sang innocent de leurs habitants ; elles n’ont point de vengeance à exercer contre l’autorité qui les protège.

Heureuses de n’avoir jamais connu les fléaux qui nous ont détruits, elles ne peuvent que faire des vœux pour notre prospérité. Paix à nos voisins ! mais anathème au nom français ! haine éternelle à la France ! voilà notre cri.

Indigènes d’Haïti, mon heureuse destinée me réservait à être un jour la sentinelle qui dût veiller à la garde de l’idole à laquelle vous sacrifiez,

j’ai veillé, combattu, quelquefois seul, et, si j’ai été assez heureux pour remettre en vos mains le dépôt sacré que vous m’avez confié, songez que c’est à vous maintenant à le conserver. En combattant pour votre liberté, j’ai travaillé à mon propre bonheur. Avant de la consolider par des lois qui assurent votre libre individualité, vos chefs que j’assemble ici, et moi-même, nous vous devons la dernière preuve de notre dévouement.

Généraux, et vous chefs, réunis ici près de moi pour le bonheur de notre pays, le jour est arrivé, ce jour qui doit éterniser notre gloire, notre indépendance.

S’il pouvait exister parmi vous un cœur tiède, qu’il s’éloigne et tremble de prononcer le serment qui doit nous unir.

Jurons à l’univers entier, à la postérité, à nous-mêmes, de renoncer à jamais à la France, et de mourir plutôt que de vivre sous sa domination.

De combattre jusqu’au dernier soupir pour l’indépendance de notre pays !

Et toi, peuple trop longtemps infortuné, témoin du serment que nous prononçons, souviens-toi que c’est sur ta constance et ton courage que j’ai compté quand je me suis lancé dans la carrière de la liberté pour y combattre le despotisme et la tyrannie contre laquelle tu luttais depuis quatorze ans.

Rappelle-toi que j’ai tout sacrifié pour voler à ta défense, parents, enfants, fortune, et que maintenant je ne suis riche que de ta liberté ; que mon nom est devenu en horreur à tous les peuples qui veulent l’esclavage, et que les despotes et les tyrans ne le prononcent qu’en maudissant le jour qui m’a vu naître ; et si jamais tu refusais ou recevais en murmurant les lois que le génie qui veille a tes destinées me dictera pour ton bonheur, tu mériterais le sort des peuples ingrats.

Mais loin de moi cette affreuse idée. Tu seras le soutien de la liberté que tu chéris, l’appui du chef qui te commande. Prête donc entre ses mains le serment de vivre libre et indépendant, et de préférer la mort à tout ce qui tendrait à te remettre sous le joug.

Jure enfin de poursuivre à jamais les traîtres et les ennemis de ton indépendance.

Fait au quartier général des Gonaïves, le 1er janvier 1804, l’an 1er de l’indépendance.

ACTE D’INDÉPENDANCE

Liberté ou la mort

ARMÉE INDIGÈNE
GONAÏVES, LE PREMIER JANVIER 1804
AN I DE L’INDÉPENDANCE
Aujourd’hui premier janvier dix huit cent quatre,
le Général en chef de l’Armée indigène, accompagné des généraux, chefs de l’armée, convoqués à l’effet de prendre les mesures qui doivent tendre au bonheur du pays :

Après avoir fait connaître aux généraux assemblés ses véritables intentions d’assurer à jamais aux indigènes d’Haïti un gouvernement stable, objet de sa plus vive sollicitude : ce qu’il a fait à un discours qui tend à faire connaître aux puissances étrangères la résolution de rendre le pays indépendant, et de jouir d’une liberté consacrée par le sang du peuple de cette île ; et, après avoir recueilli les avis, a demandé que chacun des généraux assemblés prononçât le serment de renoncer à jamais à la France, de mourir plutôt que de vivre sous sa domination, et de combattre jusqu’au dernier soupir pour l’indépendance.

Les généraux, pénétrés de ces principes sacrés, après avoir donné d’une voix unanime leur adhésion au projet bien manifesté d’indépendance, ont tous juré à la postérité, à l’univers entier, de renoncer à jamais à la France, et de mourir plutôt que de vivre sous sa domination.

SIGNÉ :

Dessalines,
général en chef ;

Christophe, Pétion, Clerveaux, Geffrard, Vernet, Gabart,
généraux de division ;

P . Romain, G. Gérin, L. Capois, Daut, Jean-Louis François, Férou, Cangé, G. Bazelais, Magloire Ambroise, J. J. Herne, Toussaint Brave, Yayou,
généraux de Brigade ;

Bonnet, F. Papalier, Morelly, Chevalier, Marion,
adjudants-généraux ;

Magny, Roux
chefs de brigade ;

Chareron, B. Goret, Macajoux, Dupuy, Carbonne, Diaquoi aîné, Raphaël, Malet, Derenoncourt,
officiers de l’armée ;

Et Boisrond Tonnerre,

Un   AUTOGRAPHE

                                                                                       du

  TONNERRE !

 

Andrée-Luce Fourcand

fourcand21@hotmail.com

   

La traque à l’autographe de BOISROND-TONNERRE, rédacteur et signataire de l’Acte de l’Indépendance d’Haïti qui fut proclamée officiellement le 1er janvier 1804,[i] a pris fin le 6 octobre 2006. Entre le 29 septembre dernier et cette date, il s’étalait graduellement  sous mes yeux.

La chasse des uns et des autres au Foudroyant et à son autographe orientée à la hue et à la dia, n’incluait malheureusement pas la ville de Jérémie (Sud-Ouest du territoire).

Par conséquent, une séquence de sa vie  était à fortiori  ignorée. Les actes nous apprennent qu’en l’An VIII (23.9.1799 au 22.9.1800) et en l’An IX (23.09.1800 au 22.09.1801), il détenait le poste de receveur au bureau des Domaines. A ce titre, il percevait les taxes relatives aux transactions passées par devant les notaires. En son absence, les citoyens Vatin ou G Lhéritien étaient ses fondés de pouvoir.[ii] Le notariat, le Greffe sont  à la recherche ce que les cadavres sont à la police. Ils parlent abondamment…

              Ce trèfle à quatre feuilles est tapi dans les minutes de trois notaires (Dobignies, Lasalle, Layné) qui font partie de la Collection Papiers de Jérémie, conservée à la  Bibliothèque G.A. Smathers de l’Université de Floride sise à Gainesville,[iii] De surcroît, l’unicité des actes insuffle une valeur ajoutée à cette trouvaille. En effet, à vue d’œil, la consultation du répertoire numérique[iv] sur les doubles des minutes du Notariat édité en 2001, par le Centre des Archives d’Outre-Mer situé à Aix-en-Provence, démontre que les huit actes notariés ci-contre ne sont pas colligés  dans les registres/années.  Notaire Dobignies – [9-278] – Letter of attorney by Mr Pierre Etienne Brunet to Mr. Pierre Brunet, his father. 1800 June 27. Enregistré à Jérémie le 11 Messidor, An VIII (30.06.1800). Reçu un franc.
Boisrond TonnerreNotaire Layné– [8-268] – Letter of attorney by Mr. Figaro (called Leveque) to Mr. Michel. 1800 July 1. Enregistré à Jérémie le 13 Messidor, An VIII (2.07.1800). Reçu un franc dix [?] [?] fixe.
Boisrond TonnerreNotaire Dobignies – [9-280] – Marriage contract between Mr. Jean François Desbarres, Jr and Miss Emille Rousseau (called Capet). 1800 July 24. [Le 5 Thermidor, An VIII correspond à 25.07.1800]. Enregistré à Jérémie le 7 Thermidor, An VIII (26.07.1800). Document en mauvais état, la somme perçue est illisible. Pour la signature on distingue que Boisrond

Notaire Layné – [8-282] – Very fragile segments. Not dated.

En fait c’est un acte concernant un accord conclu entre le corps municipal  de Jérémie et monsieur Cougnacy. 15 Fructidor, An VIII (2.09.1800). Enregistré à Jérémie le 16 Fructidor, An VIII (3.09.1800). Reçu 2 francs soixante quinze centimes. Boisrond Tonnerre

Notaire Dobignies – [9-283] – Sale of 4 quarreaux of land by Miss Magdelaine Vignon(called Agochi) to Miss Marguerite Bertrand. 1800 Sept. 29. Enregistré à Jérémie le 7 Vendémiaire, An IX (29.09.1800). Reçu cent francs. Boisrond Tonnerre

Notaire Dobignies – [9-286] – Sale of 3 quarreaux of land by Mr. Philipe Missa to Mr. Jean Jacques Oudart, his illegitimate son. 1800 Oct.11. Enregistré à Jérémie le 21 Vendémiaire, An IX (13.10.1800). Reçu seize francs. Boisrond TonnerreNotaire Dobignies – [9-288] – Inventory of the estate of the late Miss Marie Marguerite Bourgeois (called Choue). 1800 Nov. 30 Enregistré à Jérémie le 13 Frimaire, An IX (4.12.1800). Reçu dix francs. Boisrond Tonnerre

Notaire Lasalle – [23-41] – Lease of land for 5 years by Felicite Gonaue to Mr. Durand. 1801 April 18. Enregistré à Jérémie le 2 Floréal, An IX (22.04.1801). Folio soixante dix sept [ ?] case 5. Reçu neuf francs. Boisrond Tonnerre

 

Cinq de ces actes  ont été transmis à un auteur haïtien, qui s’apprête à publier, sous peu, un livre sur les signataires de l’Acte de naissance du pays. La référence concernant le notaire Cartier lui a été également communiquée. A minuit moins cinq, il a pu ainsi ajouter à l’iconographie, l’autographe qu’il recherchait vainement depuis près de deux ans.

Regardons maintenant sur la rive des papiers privés. L’arbre généalogique de la famille FOURCAND d’Haïti est en partie basé sur des actes authentiques dont celui du notaire Layné : Cession et transport de bail par le Cen Pierril Fourcand au Cen Dumont. 11 Vendémiaire, An IX. (3.10.1800). Enregistré à Jérémie le 18 Vendémiaire, An IX (10.10.1800) de la République Française, Une et Indivisible. Reçu trente francs.  Boisrond Tonnerre.

En 1984, je ne détenais que la photocopie de cet acte. En 1998, j’ai lu l’original ainsi que trente et une autres pièces de la collection privée de Noé Camille Fourcand.  Interloquée je demeurais, car je ne disposais d’aucun autre document pouvant permettre d’établir une comparaison de la calligraphie.  ET…ET…ET…,  récemment, en bis repetita, a surgi, des feuillets jaunis et ridés de la Jérémie Papers Collection,  l’autographe d’outre-tombe. D’un acte à l’autre, la ressemblance  captive l’attention. Cependant, il serait présomptueux de ma part d’en  déterminer l’authenticité ou l’inauthenticité car je ne détiens  aucune compétence légale en cette matière. Rivée que je suis à mon  étude sur la population de la Grand’Anse – Saint-Domingue, époque coloniale, qui est loin d’être une chronique  sur les  personnages historiques, la raison me commande de tenir mes distances à l’égard du phénomène « pipolasition» (de : magazines people).

            En ce qui concerne la documentation acquise, Serge Fourcand, fils de feu du sieur précité, narre en ces termes, la provenance ultime:« Au début de novembre 1954, le cyclone Hazel a ravagé la Grand’Anse et détruit de très nombreux immeubles de Jérémie, alors construits essentiellement en bois. A cette occasion, celui logeant les archives, le bureau de l’officier de l’état civil fut entièrement détruit. Les pièces que ce dernier (Franck Valentin) put sauver furent transférées dans une maison particulière. Mais, deux ans plus tard, en 1957, durant la campagne électorale en vue de la présidentielle, certaines personnes   incendièrent la maison du juge Catinat Sansaricq où se trouvaient de nombreux dossiers de justice; le feu ravagea de nombreuses autres maisons, menaçant celle  qui abritait les archives restantes.    Alors, pour sauver partie de celles-ci,  Franck Valentin voyagea à Port-au-Prince et fit remise  gracieuse à Noé de quelques unes des pièces qui concernaient directement la famille Fourcand. Aucun paiement ni dédommagement n’intervint en l’occurrence. »

Cette griffe, jadis, particule suspendue dans l’air, inodore, incolore, objet  d’inqualifiables tourments pour un très grand nombre d’historiens, essayistes toutes chapelles et nationalités confondues, est maintenant RĒALITĒ. Cette griffe autrefois « zombifiée »[v] qui causa des cauchemars indicibles  aux conservateurs qui se sont succédé aux  Archives Nationales de ce si « grand – petit » pays, est désormais VIVANTE. Qu’il plaise à Mnémosyne d’inspirer une stratégie à monsieur Wilfrid Bertrand, directeur actuel  des Archives Nationales d’Haïti, qui, après vérification d’usage,  lui permettrait de la recouvrer, tout au plus par reproduction photographique. Vu le piètre état de conservation des actes susmentionnés, il lui sera loisible de requérir auprès du CAOM, l’acte  signalé par monsieur David Patrick Geggus, professeur d’histoire  sous la cote NOT SDOM 350 et dont le notaire instrumentant est Cartier, notaire à Aquin. Ce serait ainsi rendre un vibrant hommage au fils de Thor, considéré par cet établissement, comme étant le Premier Archiviste Haïtien.

Cette trouvaille, comme le dirait, BOISROND TONNERRE se déguste avec deux tasses café et trois coups de rhum[vi], n’est-ce pas adjudant-général Bonnet ?

 

ADDENDA

Trois autres actes repérés au début du mois de décembre 2006

Notaire Joubert– [4-93] – Sale of 2 quarreaux of land by Pierre Joseph Kersaillie to Jacques, farmhand at Dufort Plantation. 1800 Oct.26. Enregistré à Jérémie le [ ?]   Brumaire, An IX (octobre 1800). Reçu quarante quatre francs. Boisrond Tonnerre

Notaire Joubert– [4-94] – Sale of 3 quarreaux by Pierre Joseph Kiersallie to Pierre Charpentier. 1800 Oct. 28. Enregistré à Jérémie le  [ ?] Brumaire, An IX (octobre). Reçu soixante quatre francs. Boisrond Tonnerre

(Note : Ce notaire dont le patronyme complet est Ētienne Hilaire Joubert de la Baume, n’est pas connu au Répertoire numérique compilé par Isabelle Dion et Anne-Cécile Tizon-Germe – Conservateurs aux Archives nationales. Archives Nationales – Dépôt des papiers publics des colonies – Notariat – Aix-en-Provence – Centre des Archives d’outre-mer. 2001)

GREFFE

Boîte 8 # 44– Sale of various property by citoyen Jean Baptiste Dartignare to his sister citoyenne Jeanne Dartignare. 1800 Jul 21

L’acte a été rédigé par le notaire Lafuge, jeune.

La formule d’usage d’enregistrement a été rayée.

 

[i] Selon Leslie F. Manigat, politologue, « la proclamation publique, officielle, imprimée de l’indépendance nationale a été signée par Dessalines, Christophe et Clervaux à Fort Dauphin (aujourd’hui Fort Liberté) le 29 novembre 1803. Elle commence par les mots : « L’indépendance de St Domingue est proclamée » et a été imprimée par le journal américain Daily Advertiser de Philadelphie dans son numéro du 4 janvier 1804. » L’avènement de la nation haïtienne fut consacré par une célébration solennelle et c’est la date du 1er janvier qui est passée à l’immortalité. Il est à préciser que l’ACTE et les autres pièces rédigés par Boisrond Tonnerre, à savoir la Proclamation du Général en Chef au peuple d’Haïti et l’acte de nomination du Général en Chef au gouvernement général d’Haïti demeurent introuvables.

[ii] Dobignies – [9-292] – Lease of plantation by Mr. Francois Noel Chardin, trustee of the Daiherre estate to Mr. Mathurin Piau and Jacques Victor Cony for 4000lbs. 1801 Jan. 1. [9-293] – Letter of attorney by Mr. Louis Jacques Dumois to Marguerite Vidal, his wife. 1801 Jan. 10. [9-297] – Sale of house by Miss Marthe Guillaume to Mr. Jean Baptiste Dommage for 59,400lbs. 1801 Feb. 11

Greffe – Boîte 9 – # 35 – Renouard sells to Granger twelve carreaux of land he received from the succession of his brother-in-law F. Bouché. 1803 Feb 24.

(Attention, la date est 11 Fructidor, An IX (29.08.1801)

[iii] De présence à la Bibliothèque G.A. Smathers, du 1er au 21 décembre 2005, j’ai pu photographier au complet les dossiers de 25 notaires, ceux de la rubrique « Autres Notaires » Ceux des notaires Richard, Lafuge (jeune), L’Epine, Dobignies l’ont été de manière aléatoire. Idem pour Le Greffe.  Voir le site http://web.uflib.ufl.edu/spec/manuscript/guides/jeremie.htm

[iv] Archives Nationales – Dépôt des papiers publics des colonies – Notariat – Aix-en-Provence – Centre des Archives d’outre-mer, 2001. Répertoire numérique par Isabelle Dion et Anne-Cécile Tizon-Germe – Conservateurs aux Archives nationales.

Dobignies – NOT SDOM 520 – 1789, 1796, 1798, An VIII (23.09.1799 to 22.09.1800),

An XI (23.09.1802 to 23.09.1803)

Lasalle – NOT SDOM 1406 – 1797-1798

Layné – NOT SDOM 1197 – 1795-An VIII (23.09.1799 to 22.09.1800)

[v] Un courriel fut envoyé le 27 octobre 2006 à monsieur John Nemmers, archiviste et responsable de cette collection pour l’informer de l’existence de l’autographe et de le prier d’accroître la surveillance à l’égard des dossiers nommément cités.

[vi] Variation de : En se rappelant ce grand jour, Boisrond Tonnerre écrit à Bonnet: « Je me suis enfermé dans une chambre, j’ai bu deux tasses de café, trois coups de rhum et l’oeuvre a coulé de source. » Edrick Richemond –

http://www.kwabs.com/interactive/index.php?showtopic=61

Crédit Photo : Thomas Madiou – Histoire d’Haïti – Tome III – 1803-1807 –

Editions Henri Deschamps – Port-au-Prince – Haïti – 1989.

 

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Au château de la Muette, enquête sur une citadelle du conformisme intellectuel


par Vincent Gayon, juillet 2012

 Club des pays riches », « think tank néolibéral », « paradis des puissants », « OTAN économique », « spécialiste des pronostics défaillants », « bras armé de la mondialisation »… Les formules varient ; le constat, moins. La réputation de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) contraste avec l’image que l’institution souhaite projeter : celle d’un « forum qui permet aux gouvernements de répondre, ensemble, aux défis économiques, sociaux et environnementaux nés de l’interdépendance et de la mondialisation », ou d’une « source de données comparatives, d’analyses et de prévisions pour étayer la coopération multilatérale » (1).

Au-delà des raccourcis, le fonctionnement de l’organisation est aussi méconnu que sa signature est incontournable. Celle-ci ne figure-t-elle pas au bas des nombreux palmarès et tableaux statistiques publiés dans la presse dès lors qu’il s’agit de classer les « performances » des systèmes éducatifs, de lister les paradis fiscaux ou de comparer les « législations protectrices de l’emploi » entravant la saine « flexibilité du marché du travail » ?

En 2011, l’organisation du château de la Muette, dans le 16e arrondissement de Paris, a célébré son cinquantenaire lors d’une cérémonie de parade où s’est réécrit son parcours. Car si elle se targue d’avoir alors accueilli en grande pompe quatorze chefs d’Etat, onze premiers ministres, soixante-dix ministres, un millier de délégués, plus d’une centaine de conférenciers et près de deux cents journalistes, peu de convives ont interrogé l’histoire mouvementée d’une organisation marquée par les alternances politiques, les mouvements sociaux et les retournements économiques de la seconde moitié du XXe siècle.

En revanche, l’auditoire a pu entendre la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton souligner que la création de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), à l’issue de l’European Recovery Program (dit « plan Marshall »), en 1948, puis sa transformation en OCDE, en 1960-1961, illustraient une « communauté de valeurs partagées, [celles] des marchés ouverts et efficients, des droits humains, des libertés et de l’état de droit, des gouvernements et des dirigeants devant rendre des comptes, d’une concurrence libre, juste et transparente ». Et qu’importe si cette vision de l’histoire promeut au rang de grandes démocraties certains cofondateurs de l’OCDE tels que l’Espagne franquiste, le Portugal salazariste ou la Turquie de Cemal Gürsel (et plus tard la Grèce des colonels).

Fable internationaliste

Le dithyrambe de Mme Clinton respectait l’ordre des priorités : d’abord l’économie de marché, ensuite la démocratie. Prime au capitalisme en 1947, devant un ennemi communiste qui allait organiser une coopération économique concurrente avec le plan Molotov et le futur Conseil d’assistance économique mutuelle (Comecon). Prime redoublée en 1960, à quelques mois de la construction du mur de Berlin.

L’anniversaire a offert l’occasion d’exalter l’« indépendance » de l’organisation, son « ouverture à la société civile », la « compétence internationale de très haut niveau » de ses économistes (au nombre de sept cent cinquante, dans des domaines d’intervention toujours plus variés), tout comme son rôle de précurseur dans de nombreux répertoires technocratiques désormais incontournables : « développement durable et marchés de droits à polluer », « société de la connaissance », « activation des politiques de l’emploi », « capital social et capital humain », « lutte contre la corruption », « trappes à pauvreté », « réformes structurelles », etc. On s’est aussi beaucoup félicité des intégrations récentes du Chili, de l’Estonie, d’Israël et de la Slovénie, qui ont fait passer l’OCDE à trente-quatre membres.

Devant les « vertus » du libre-échange, et pour mieux sortir de la crise économique actuelle, le secrétaire général de l’organisation, l’ancien ministre des finances mexicain Angel Gurría, n’a pu que prononcer l’habituel plaidoyer en faveur d’une coopération économique renforcée et, peut-être, étendue à de futurs pays membres, comme le Brésil, l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, voire… la Chine et la Russie. Toutefois, l’actualité économique internationale morose, même adoucie par les petits fours et les épaisses moquettes du nouveau salon des congrès, a rendu la fable internationaliste — intitulée « Des politiques meilleures pour une vie meilleure » — encore plus soporifique qu’à l’accoutumée.

Certains épisodes ont été occultés, peut-être parce que leur évocation aurait troublé les festivités : l’échec de l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) en 1998 (2), ou les affrontements entre le secrétariat de l’OCDE et les « faucons » de l’administration Reagan, comme M. Martin Feldstein (actuel conseiller de M. Barack Obama), au début des années 1980. M. Stephen Marris, conseiller spécial du secrétaire général de l’organisation, critiquait alors la nocivité et les effets collatéraux de la politique économique et monétaire reaganienne. Il fut remercié et demeura persona non grata au sein de l’institution. Ont également été gommés les noms d’anciens fonctionnaires ou de collaborateurs, tels que MM. Gösta Rehn, Alexander King, Christopher Dow, Angus Maddison, Ron Gaas, sans même parler de Cornelius Castoriadis, François Chesnais ou Michael Pollak. Tous passeraient aujourd’hui pour « hétérodoxes », voire « archaïques ». Ils ont néanmoins, à des niveaux divers, contribué à faire de l’institution… ce qu’elle n’est pas devenue.

Car des niches existent bel et bien, dans ce type d’organisation, pour les voix minoritaires et les audaces intellectuelles. Mais l’OCDE obéit à une telle hiérarchie et à une axiomatique d’ensemble si étroitement liée, sur les questions stratégiques, aux forces publiques ou privées dominant les relations économiques internationales, que les prises de parole discordantes ou critiques sont marginalisées ou réduites au silence. Cela est d’ailleurs tout aussi vrai pour la période keynésienne de l’institution que pour sa période néolibérale ; au détail près que le contrôle des recrutements et des carrières se fait désormais par un « système d’évaluation des performances », et que la titularisation est tributaire d’une direction du personnel plus intrusive, peu propice aux éventuelles hardiesses.

Depuis les mobilisations anti-AMI, et dans l’optique de lutter contre une image publique désastreuse, où l’opacité le dispute au dogmatisme, l’organisation a développé un véritable marketing de la transparence. Mais, pour tout ce qui concerne la vie réelle d’une institution de ce genre, et pour tout ce qui en fait un enjeu de connaissance (3), les mêmes pratiques se poursuivent : la réécriture contrainte des études ; le durcissement, pour l’extérieur, des fragiles conclusions évoquées en interne ; les démissions forcées…

Si le discours officiel joue l’air bien connu de l’« indépendance » et de la « compétence » de ses experts, les trop rares recherches sur l’OCDE constatent combien les délégations des pays membres interviennent à des moments-clés de l’élaboration des rapports emblématiques de l’organisation. Soit directement, en s’invitant dans la rédaction des diagnostics et des préconisations ou dans le cadrage des problématiques ; soit indirectement, dès lors que les agents de l’OCDE anticipent leur réaction négative et mettent leurs conclusions en conformité avec leurs attentes pour rendre ces rapports acceptables. Il s’agit trop souvent de ne pas innover en matière d’analyse et de recommandations économiques et sociales, et d’offrir plutôt à des politiques nationales impopulaires une légitimation issue de l’« expertise » internationale (ce qui n’est finalement que le lot commun des bureaucraties supranationales, comme en a encore témoigné récemment le rapport accablant du Bureau indépendant d’évaluation du Fonds monétaire international [FMI]) (4).

A la différence d’autres institutions du même type, l’OCDE ne distribue guère de fonds ni ne produit de règles juridiques. Sa raison d’être réside dans cette production inlassable de rapports et dans la mise en relation de milliers d’experts (autour de quarante mille analystes passent chaque année dans ses groupes de travail). Coiffée au niveau opérationnel par le cabinet du secrétaire général et par le conseil des ministres des pays membres, cette expertise s’appuie sur les travaux d’une quinzaine de directions, dont la structure cloisonnée est largement calquée sur les découpages et les rapports de forces ministériels nationaux.

Le département des affaires économiques est donc le plus influent en interne : à l’origine des publications stratégiques de l’institution, il dispose de l’effectif le plus important, rompu à la discipline économique universitaire la plus standard. Son directeur est aussi l’économiste en chef de l’organisation. Le département anime également le comité de politique économique, composé des délégués des Trésors et des banques centrales (filières des élites bureaucratiques dominantes). Une profonde homologie de structuration entre national et international existe ainsi, qui constitue la véritable courroie de transmission entre l’OCDE et les sphères bureaucratiques et universitaires nationales.

Parcours lissé à souhait, on cherchera en vain dans les plaquettes du cinquantième anniversaire la moindre référence aux recettes économiques keynésiennes associées à la prospérité d’après-guerre, et sur lesquelles s’est construite l’organisation avant de devenir l’un des porte-voix du (néo)libéralisme doctrinaire.

Rien donc sur le jeu coopératif mis en place par les accords de Bretton Woods, en 1944, c’est-à-dire la stricte limitation des mouvements de capitaux internationaux visant à protéger les nouvelles mesures de planification nationale (politique industrielle, systèmes sociaux), à endiguer le pouvoir des financiers (tenus pour responsables de la crise de 1929) et à autoriser, par la négociation multilatérale, des politiques de change et de relance concertées.

Le groupe de travail n° 3 du comité de politique économique de l’OCDE servait pourtant d’arène à ces négociations et fournissait aux gouvernements des ressources statistiques et économétriques permettant la coordination de politiques dont le plein-emploi était l’objectif prioritaire. La recomposition du système monétaire international autour des marchés financiers, accompagnée du tournant reagano-thatchérien, a pesé sur l’équilibre des forces au sein de l’OCDE et réorienté les priorités autour de la désinflation et de la flexibilisation des marchés du travail, renouant sur ce plan avec l’ère prékeynésienne et avec la vision la plus rustre du chômage et des chômeurs.

Ce n’est qu’avec la forte contestation de l’AMI, le développement des capacités d’expertise de l’Union européenne en matière sociale et les alternances politiques sociales-libérales que l’OCDE est contrainte, au début des années 2000, d’infléchir son discours en s’appuyant sur des recherches moins dogmatiques. Son secrétaire général de l’époque, le Canadien Donald Johnston, tentera tout au long de son mandat d’endiguer la « contestation » : « La mondialisation n’est pas idéologique, c’est un processus irrésistible. Les échanges commerciaux et le libre-échange ont toujours engendré des avantages énormes. Les contestataires ont dans l’ensemble exercé une pression bénéfique et apportent une expertise louable (5). » Au même moment, l’association écologiste Les Amis de la Terre lui décerne le « trophée de l’hypocrisie » pour dénoncer le positionnement de l’organisation sur les thématiques du développement durable, identifié à une stratégie de « verdissement » de l’organisation et du capitalisme.

Quelques mois plus tôt, Le Figaro, sous le titre « Le progrès social est prioritaire », rapportait les propos de M. Johnston, qui inaugurait la nouvelle vitrine idéologique de l’OCDE : « C’est une erreur de séparer comité social et comité économique. C’est ce modèle que nous avons reproduit à l’OCDE. (…) La composante principale de la croissance économique, c’est une société fondée sur le savoir. A partir de ce constat, il est impossible de séparer les questions sociales, la formation, la santé, bref la qualité du capital humain qui est au centre de la croissance, des intérêts économiques. Je comprends très bien que l’OCDE ait pu donner l’image d’une organisation déséquilibrée dans son approche des problèmes, mais ce n’est plus vrai aujourd’hui (6). » Le rapport présenté dans la presse à cette occasion par le secrétaire général, aux accents dignes du Forum social mondial de Porto Alegre (créé en 2001), s’intitulait « Pour un monde solidaire. Le nouvel agenda social ».

Soudaine sollicitude pour les pauvres

A la Bourse des valeurs de l’OCDE, le cours du « social » monte en effet subitement. Il passe, dans les « Etudes par pays », par une insistance sur la croissance de la pauvreté, sur la dépendance des chômeurs de longue durée vis-à-vis des dispositifs d’indemnisation ou sur l’« exclusion sociale ». Pour le département emploi et affaires sociales, c’est l’occasion de nouvelles commandes, d’une exposition accrue de ses travaux et d’une « réévaluation » de la « stratégie pour l’emploi » de l’organisation. Celle-ci s’éloigne des attendus les plus dogmatiques de la décennie antérieure. Elle reconnaît, en 2006, que le salaire minimum peut exercer des effets positifs (s’il est fixé à un « niveau raisonnable ») et qu’aucun lien solide n’a pu être établi entre « législation protectrice de l’emploi » et absence de résultats en matière de lutte contre le chômage (7). Elle affirme désormais qu’il n’y a pas une, mais diverses voies possibles : les modèles anglo-saxon et scandinave ont par exemple des performances équivalentes en matière d’emploi et de chômage, l’un au prix de plus grandes inégalités, l’autre au prix de dépenses publiques plus importantes. Les thèmes de la « flexicurité » à la danoise et de la « cohésion sociale » apparaissent alors comme suffisamment plastiques pour mieux intégrer la « dimension sociale » et ne pas rompre avec la position de principe sur la lutte contre les « rigidités structurelles » (8).

Enfin s’opère au département statistique, en 2001, le retour d’une réflexion sur les « indicateurs sociaux » ou de « bien-être », sous les traits du « capital social » et du « capital humain » (9). Ce qui le conduira, à la fin de la décennie, à assurer l’essentiel de la logistique du rapport de la commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social, dite « commission Stiglitz-Sen-Fitoussi ». Il proposera lors des commémorations du cinquantenaire une nouvelle publication intitulée « Comment va la vie ? Mesurer le bien-être » et préparée, comme à l’accoutumée, en vase clos. Tentative pour penser une quantification de la « richesse » ou du « bien-être » des nations en sortant de l’économicisme le plus étroit, en intégrant des indicateurs portant sur l’éducation, la santé, la qualité de l’environnement, etc., mais sans trop insister sur ceux de « santé sociale » (pauvreté et inégalités, couverture par l’assurance-maladie ou l’assurance-chômage, etc.) (10). On y observe que les Etats-Unis partagent avec le Chili, le Mexique, la Turquie et Israël les inégalités de revenus les plus prononcées, et on y lit que « dans de nombreux pays de l’OCDE, le nombre de personnes dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté a augmenté (11) ».

Ces réalignements peuvent s’analyser comme une recomposition forcée des stratégies d’alliance. Ils séduisent et réarment sur le moment les gouvernements néo-démocrates ou sociaux-libéraux (alors dominants en Europe) prônant une « troisième voie » entre projets social-démocrate et néolibéral, sur le modèle blairiste ou clintonien. Ils cherchent à rassurer les nouveaux entrants, qui, échaudés par les plans d’ajustement structurel du FMI, commencent à s’organiser dans des voies coopératives alternatives, telles l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Anase, en anglais Asean) ou l’Union des nations sud-américaines (Unasur). L’OCDE cherche plus généralement à sortir de l’ornière politique et scientifique : comment parer la critique, portée par les altermondialistes et par des organismes comme l’Organisation internationale du travail (OIT), sur les « coûts sociaux » du néolibéralisme (12) ? Comment expliquer aussi la réussite économique et sociale des pays non dérégulateurs ?

Cette inflexion du discours ne concerne toutefois guère les politiques monétaires et budgétaires, ou la dérégulation des marchés. Le nouveau programme macro-économique de l’OCDE, intitulé « Going for growth » (traduit par « Objectif croissance ») et développé par le département économique, prolonge au contraire en 2005 l’orientation des décennies 1980-1990 : désinflation compétitive, dérégulation et flexibilisation du marché du travail restent le socle inamovible.

En pleine tourmente financière, les conclusions de la réunion du Conseil au niveau des ministres des 24-25 juin 2009 ne trompent pas sur l’axiomatique générale de l’organisation : « Nous reconnaissons que la mise en œuvre rapide des réformes structurelles qui accroissent la flexibilité et la productivité de nos économies, sur les marchés du travail et des produits, par exemple, sera essentielle pour remédier à la détérioration de nos budgets publics et au recul du niveau de vie provoqués par la crise (13). »

Dans l’édition 2006 de « Réformes économiques », l’économiste en chef de l’époque, Jean-Philippe Cotis — actuel directeur de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) français —, estimait que « les entraves à la concurrence dans le secteur bancaire tendent à freiner le développement du secteur financier et donc la croissance économique (14) ».

Vincent Gayon

Chercheur à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso).

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(1) Extraits du «  Diaporama  », voir le site de l’OCDE.

(2) Révélé, en France, dans un article du Monde diplomatique : Lori M.Wallach, «  Le nouveau manifeste du capitalisme mondial  », février 1998.

(3) Cf. Jacques Lagroye et Michel Offerlé (sous la dir. de), Sociologie de l’institution, Belin, Paris, 2010.

(4) Lire Pierre Rimbert, «  Bonnet d’âne pour le FMI  », Le Monde diplomatique, août 2011.

(5) «  “L’OCDE est un des pistons de la mondialisation”  », Libération, Paris, 7 août 2002.

(6) «  “Le progrès social est prioritaire”  », Le Figaro, Paris, 2 mars 1999.

(7) «  Perspectives de l’emploi. Stimuler l’emploi et les revenus  », OCDE, Paris, 2006.

(8) «  Perspectives de l’emploi  », OCDE, 2004.

(9) «  Du bien-être des nations : le rôle du capital humain et social  », OCDE, 2001.

(10) Cf. le chantier de réflexion animé par le Forum pour d’autres indicateurs de richesse (FAIR).

(11) «  Comment va la vie  ? Mesurer le bien-être  », OCDE, 2011. Lire également Pierre Rimbert, «  A l’OCDE, je pense donc je fuis  », Le Monde diplomatique, mars 2012.

(12) Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation, «  Une mondialisation juste : créer des opportunités pour tous  », OIT, Genève, 2004.

(13) C / MIN (2009) 5 / FINAL.

(14) «  Réformes économiques. Objectif croissance  », OCDE, 2006

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/07/GAYON/47951

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