Les expériences de luttes étudiantes en Haïti: du courage, de la volonté et de la détermination


Dans le cadre du retour à l’ordre constitutionnel, après le coup d’État du 30 septembre 1991 par Michel François et de Raoul Cédras, les marines américains sont débarqués pour occuper Haïti le 19 septembre 1994 en préparation au retour de Jean-Bertrand Aristide qui allait se faire le 15 Octobre 1994. Il s’agit d’un grand changement de contexte politique et l’espoir de l’instauration de la démocratie dans le pays que le fameux Coup de Correction Démocratique, comme le Général Cédras l’appelait, avait enlevé au peuple Haïtien.

Ce fut pour nous, qui réfléchisions sur la façon et le moment propice de faire un mouvement à la faculté de Droit et des Sciences Économiques de Port-au-Prince, l’occasion à ne pas râter étant donné notre incapacité à mobiliser à la fois les étudiants et les professeurs qui dans la majorité étaient entrés grâce au parrainage des dirigeants de la faculté en l’occurence le Doyen et les deux chefs des départements juridique et économique.

Pourquoi vouloir opérer des changements à cette faculté? Quelles étaient les chances de réussites d’un tel mouvement? Avait-on l’organisation étudiante pour engager cette lutte ou du moins ce mouvement?

Avant de répondre à ces questions, permettez-moi de vous rappler un peu l’origine de ce mouvement et partager aussi mon jeune parcours de l’époque au sein de cette faculté juste après le Lycée Anténor Firmin. En effet, après mes études secondaires au Lycée Anténor Firmin, où comme élève qui n’avait pas été dans la cohorte et arrivé du Collège Saint-Jean l’Évangéliste je m’était fait élir président de la Classe de Philo qui est du coup également Président du Comité Central des élèves du Lycée. 

Mon élection comme président de la classe de Philo était inusitée et nouveau dans l’histoire du Lycée où ce sont les étudiants d’une même cohorte qui avaient l’habitude de se faire élire à ce poste.   Je faisais ainsi exception dans l’histoire de ce Lycée puisque je venais de rompre une très longue tradition que constituait le conservatisme des élèves du Lycée.

Durant mon règne comme président de la classe de Philo, j’avais organisé le premier débat philosophique inter lycéens ceux pour la Science et ceux pour la Philosophie. Également, en collaboration avec les autres Présidents de classe de PHilo des autres lycées qui ont participé à notre débat, nous avions créé des cercles de rencontres et de collaborations entre les lycées. Selon quelques informations recueillies, les élèves des lycées ont gardé pendant longtemps cet espace de collaboration et plusieurs mouvements d’élèves de lycées ont été rendus possibles grâce à cette alliance non écrite entre élèves des lycées.

Retenez, à titre d’information et pour l’histoire, notre classe de philo comptait à peu près 143 élèves, dans des conditions extrêmement difficiles pas assez de bancs et de chaises et plusieurs d’entre-nous s,assayeaient quasiment par relève, et les professeurs venaient lorsqu’ils pouvaient et lorsqu’ils se présentaient c’était de véritables courses contre la montre, de vrais marathons scolaires parce qu’ils nous donnaient trois, quatre ou cinq cours en trois ou six heures.

On devait tout comprendre et tout prendre comme notes à l’intérieur d’une logique de compétition très féroce. Chacune de nos questions devait apporter des éclairages supplémentaires aux autres sinon, les rappels, les théorèmes, les formules n’étaient pas à expliquer par le professeur qui ne les reprenaient pas non plus car considérés comme acquis pour tout le monde.

Vous imaginez donc, que cela était pareil pour tous les autres cours et tous les professeurs étaient intraitables dans leurs manières et dans leurs méthodes et il n’y avait pas de place pour des discussions inutiles. Comme résultat de cet encadrement quasi militaire et de cet individualisme extrême, tout le monde avait réussi aux examens officiels de fins d’études secondaires et, tout le monde presque est entré à l’université.

Deux facultés ou trois facultés pour plusieurs d’entre nous compte tenu le peu de places qui existent dans les facultés du pays, si quelqu’un voulait s,assurer d’avoir une place à la faculté, il fallait qu’il s’inscrive à plusieurs, de mon côté, étant que je n’avais pas beaucoup d’argent, soit 250.00 gourdes, j’ai dû me contenter de m’inscrire à seulement trois facultés. C’est ainsi que moi aussi, j’avais réussi deux concours d’examens et j’ai été admis à la Faculté de Droit de Port-au-Prince en Sciences Économiques et en Belles Lettres à l’école Normale Supérieure de Port-au-Prince.

En passant, j’ai oublié de vous dire qu’à cause du Coup d’État du 30 septembre 1991 et de toutes les terreurs qu’il a engendrées, les facultés n’étaient pas en mesure pour organiser les concours d’admission aux dates prévues en Août et septembre de l’année 1991 et c’est en janvier 1992 qu’elles ont pu les organiser, voilà pourquoi, notre promotion a dû commencer l’université en Mars 1992 au lieu d’octobre 1991.

C’est donc en Mars 1992 que j’ai commencé à étudier à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques avec pour option les Sciences économiques. À noter que plus de 4000 à 6000 étudiants participent à ce concours d’admission dont seulement 100 étudiants seront admis et heureusement pour notre promotion, la faculté avait décidé d’ouvrir un autre groupe du matin vu que le ministre de l’Éducation de l’Époque Gérad Bissainthe avait opté pour cette exploitation des locaux de la dite faculté car jusqu’à cette date la faculté de droit donnait seulement des cours le soir de 4h00 pm à 9h00 pm.

Notre promotion 1991-1995 a été la première promotion de la faculté de droit à suivre des cours universitaires à la fois le matin et le soir, soit de 9h30 à 13h00. Les examens du concours ont eu lieu la première semaine du mois de janvier 1992, les résultats publiés au mois de février 1992 et les cours ont commencé le 3 mars 1992.

Retenez par ailleurs pour la petite histoire, que Gérard Bissainthe, le ministre de l’éducation de l’époque, a été aussi responsable de la perte d’une année scolaire à plusieurs élèves de terminale Rhéto et Philo parce qu’il avait décidé d’organiser des examens à rabais alors que les conditions économiques, politiques et sociales du pays étaient catastrophiques.

En Mars 1992, j’ai commencé mon cycle de 4 années à la FDSE: faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince, j’ai retrouvé plusieurs anciens camarades, ceux de l’école primaires, pas beaucoup, ceux de l’École Nationale des Arts et Métiers (salésiens) ENAM, quelques uns du collège Saint-Jean, quelques militants d’organisations populaires et des comités de quartier, quelques voisins et amis de quelques amis mais la grande majorité de mes nouveaux camarades furent des anciens de lycéés.

Étant quelqu’un naturellement sociable très ouvert, c’est facilement et très rapidement que je me suis fait plusieurs et beaucoup d’amis à la fois dans notre salle de première année que parmi tous les autres étudiants. Néanmoins, c’est lorsque nous avions décidé d’organiser des élections pour former le comité qui devait représenter la classe que j’allais me faire remarquer puisque j’avais choisi d’être candidat pour devenir conseiller et porte parole du comité de la première année Matin, ce que j’ai été.

Ce comité d’étudiants de la première année science économique du matin de la faculté de droit et des sciences économiques était assez représentatif à la fois des origines sociales et économiques de l’ensemble des étudiants, tout comme il éatit aussi représentatif des différents critères d’admission et de sélections pour certains étudiants  mais en même temps il était aussi représentatif des tendances idéologiques qui traversaient l’ensemble du pays.

Entre temps et parallèlement à mes cours de la faculté de droit, je commençais également mes cours à l’école normale supérieure en lettres avec un horaire vraiment décalé soit des cours qui commencent à 7h00 am pour 9h00, des couyrs de 13h00 à 14 et 15 heures, des cours de 18h00 à 21h00 tandis que mes cours étaient plutôt fixes à la FDSE. J’étais toujours en train de courrir pour assister à mes cours d’une faculté à l’autre sans oublier les divers traveaux à faire pour les deux cours. Je peux dire que j’étais toujours occupé de 6h00 am jusqu’à 23h pm et entre tous ces cours, je trouvais aussi du temps pour participer et organiser des activités avec les organisations populaires que j’étais membre.

Si à la FDSE le climat était aux études, en revanche, à l’École Normale, c’était bruyant le mouvement des étudiants était en ébulition et, toutes les années avaient organisé les élections de leurs représentants, au comité central des actions se préparaient car il y avait une très grande conscience politique chez les étudiants en même temps qu’une volonté de lutter contre les chefs du coup d’état contre le gouvernement et la présidence de Jean-Bertrand Aristide. C’est ainsi qu’autour du mois d’avril, un vaste mouvement de protestation et de sit-in est enclenché par les étudiants et c’est là, que j’allais faire écho de ce mouvement au sein de la FDSE mais en même temps que j’allais découvrir le conservatisme de la faculté de droit mais aussi la main de fer qui dirigeait cette faculté.

à suivre…

Hermann Cebert

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