Grande marche des haïtiens de montréal : Lettre ouverte aux Haïtiens du monde


16/07/2015

j.e Pierre

 

 

 

 

 

 

 

Par Jean Ernest Pierre

Chers compatriotes

 Il y a cent ans depuis qu’il  existe une diaspora haïtienne à travers le monde.  Cette aventure a débuté avec l’occupation américaine en 1915.  C’est en effet à partir de cette année là qu’on retrouve les premiers Haïtiens dans les champs de canne à sucre en République Dominicaine et à Cuba. Cette émigration haïtienne va prendre de l’ampleur sous la dictature des Duvalier avec l’exil forcé des cerveaux du pays vers l’Amérique du Nord,  l’Afrique et  l’Europe.  

 Cette diaspora qui s’est toujours donnée pour devoir de supporter la famille restée en Haïti,  a représenté et représente encore la classe moyenne du pays, le bailleur de fonds le plus fidèle et le plus sûr d’Haïti. En effet, cette année encore le Fond Monétaire International vient de confirmer que la diaspora haïtienne a transféré au pays plus de deux milliards de dollars US.

 Toutefois  cette situation présente un inconvénient majeur: toute classe moyenne qu’elle est, la diaspora ne peut pas être en même temps en amont et en aval; elle n’a donc pas le pouvoir de retenir en Haïti les devises qu’elle y transfert. C’est qu’entre temps, Haïti  qui est devenu un pays essentiellement consommateur, ne produit plus pour satisfaire les besoins primaires de sa population.  Ainsi tout le fond que le pays  reçoit ne fait qu’y transiter pour se  retrouver dans l’économie de la République Dominicaine, de la Floride, du Panama etc.  

 Aussi la diaspora doit se poser la question: et si cette aide inconditionnelle à Haïti n’était pas la meilleure façon d’aider son pays? En effet aussi vrai qu’Haïti ne semble plus pouvoir se passer de  l’aide bilatérale internationale arrivée au tournant des années cinquante à la faveur du cyclone Hazel (avant 1954 Haïti était totalement autosuffisant), l’aide humanitaire de la diaspora semble  scléroser les plus jeunes et tels des quadraplégiques, les condamner à la dépendance la plus totale et à cette oisiveté, mère de tous les vices et de toutes les exactions. 

 Ainsi, de même que nous devons exiger que l’aide bilatérale soit repensée pour Haïti, de même, après avoir reconnu notre échec  à garder  la même façon d’aider le pays pendant si longtemps,  ne devrions nous pas aujourd’hui penser à changer de paradigme?

 N’est-ce pas le moment propice pour nous d’investir dans notre pays et faire en sorte que ses filles et fils en quête d’emploi, ne soient plus obligés d’aller subir l’humiliation en terre  étrangère?

 C’est donc un double rôle qui sera désormais dévolu aux Haïtiens de la diaspora: aider la famille à subvenir à ses besoins primaires et créer des emplois dans le pays. Pour jouer comme il se doit ce second  rôle,  nous devrons désormais apprendre à mimer  les investisseurs étrangers qui font flèche de tout bois.  Mais nous devons surtout arrêter d’exiger la réalisation de conditions maximales (sécurité et infrastructures) avant d’investir dans notre pays, surtout que les étrangers qui le font se disent que les fonds les plus risqués présentent un plus grand retour sur l’investissement.  Et, c’est la même recette en Haïti,  comme partout ailleurs.

 Aussi, pour passer de la parole aux actes, un groupe de nouveaux investisseurs Haïtiens s’est réuni le samedi 20 juin 2015 au local de la Radio CPAM, 3390 Crémazie Est, Montréal, Québec, Canada. Ils ont décidé ce qui suit:

 1. De réaliser  une marche en blanc dans toute la diaspora et en Haïti en solidarité avec les haïtiens victimes de mauvais traitements en dehors de leur pays, et ce, en collaboration avec toutes les organisations de la société civile qui se retrouvent dans un tel geste;

 2. D’entamer dès le lendemain  les démarches pour jeter les bases de son investissement dans les domaines de l’agriculture et autres avec des ambitions modestes au début.

 3. D’encourager les Haïtiens du monde entier  à suivre ce bel exemple d’entrepreneurship empreint de solidarité pour définitivement marquer la présence de la diaspora dans les questions économiques d’Haïti. 

 Par ce geste, nous n’avons pas la prétention de résoudre tous les problèmes du pays, mais disons que ce sera une sérieuse option sur des changements impérieux qu’on doit apporter dans la relation entre les Haïtiens du dedans et ceux du dehors. Pour une fois, on pourra parler d’une relation gagnant gagnant.

 Montréal, ce 30 juin 2015

 Pour le comité :

Me Jean Ernest Pierre

Avocat

Président directeur de CPAM

Contact direct : (514) 206-2726

par jnnuma

Publicités