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Dès le lendemain de l’indépendance d’Haïti de 1804, la nouvelle République d’Haïti était déjà divisée entre les deux groupes qui s’étaient unis pour lutter contre l’esclavage et le colonialisme français.

D’un côté il y avait les mulâtres ou métis estimés à peu près à 8 ou 10 % de l’ensemble de la nouvelle société qui n’avaient pas tous les mêmes droits que les colons français et d’un autre côté, il y avait les noirs très nombreux qui étaient estimés à 80 ou 90% de la population du nouvel État des Indigènes d’Hayti.

En effet, si les deux groupes s’entendaient plus ou moins bien sur ce qu’ils entendaient pas la liberté pour tous néanmoins, en ce qui concerne les deux autres slogans qui complètent ce qui constituent les trois ensemble de la devise de ce nouvel État, chaque groupe avait leur propre définition de  ce qu’est l’égalité et la fraternité.

D’ailleurs, les noirs avaient une vision très positive de la Liberté, c’est-à-dire, une Liberté Totale qui leur permettrait de faire ce qu’ils veulent quant ils le veulent et comme ils veulent. Car, désormais la nouvelle société devait être sans contrainte et sans châtiment dont les coups de fouets qu’ils recevaient, les punitions, les tortures, le travail forcé. Il en était de même pour l’Égalité que les noirs percevaient comme un nouveau début pour tous de telle sorte que toutes les richesses disponibles appartiendraient désormais à tous étant donné que le principal exploiteur qui étaient les colons blancs français avaient été expulsés loin des frontières du pays.

Par contre selon la vision des mulâtres du pays, étant donné qu’ils étaient aussi les enfants du croisement des blancs avec les noirs, toutes les richesses qui appartenaient aux colons blancs français leur devaient revenir de droit et non pas considérés comme des bien communs pour l’ensemble de tous les haïtiens.  Or, devant la demande de tous ces mulâtres, l’ancien Chef qui conduisait les dernières luttes pour l’indépendance du pays et qui portait surement les traces du système esclavagiste sur sa peau, dans son corps et probablement également dans son esprit et dans son âme, réfutait catégoriquement l’idée de transmettre les biens des anciens exploiteurs blancs aux mulâtres qui en avaient déjà leurs propres biens dans le pays.

Par conséquent, et surtout, compte tenu que les mulâtres insistaient et persistaient pour avoir les biens des blancs qu’ils estimaient être leurs ancêtres et leurs parents, l’Empereur Jean-Jacques Dessalines qui était accepté par tous, mulâtres et noirs, comme le Chef légitime de la nouvelle nation haïtienne et du nouvel État d’Haïti lança une très grande campagne militaire de réforme agraire dans le Sud du pays contre tous les mulâtres qui réclamaient les richesses des anciens colons blancs français. Il massacrait plusieurs parmi ces mulâtres qui résistaient contre sa réforme. Or, à cause de ce massacre et certains disent même par peur de ce que Dessalines pourrait faire aux autres mulâtres de l’Ouest, plusieurs se sont entendus à l’assassinat de l’Empereur lorsque celui sera rendu à Port-au-Prince.

Et, tel que prévu, de passage pour retourner vers la Capital de l’Empire, vu que les bruits courraient déjà que Dessalines et son armée en campagne dans le Sud avaient procédé au massacres de plusieurs mulâtres dans le Sud du pays, les mulâtres de l’Ouest sous les commandes de Alexandre Pétion, selon certains ouïes dire, ont dû organiser un guette-appends contre l`Empereur où ce dernier succomba le 17 octobre 1806 au pont rouge juste à la sortie Nord de la ville de Port-au-Prince.

Depuis ce jour, Haïti était complètement divisée voire déchirée en deux groupes distincts qui croyaient chacun de leurs côtés qu’ils étaient les mieux à pouvoir bien diriger le pays. Ainsi donc, les noirs qui comptaient sur leur nombre et leurs expériences de la guerre et les mulâtres qui s’estimaient avoir les compétences puisque plusieurs d’entre eux avaient étudié en France.

Évidemment, cette division du pays en deux groupes ethniques a été scellée dès la mort de Dessalines étant donné que Alexandre Pétion l’un des mulâtre et héro de l’indépendance ne s’entendra pas avec Henri Christophe qui lui aussi établira jusqu’à sa mort son Empire du Nord.

Par la suite, ce sera le long règne de Jean-Pierre Boyer de 1825 à 1843. Ce dernier, malgré l’exercice de son pouvoir sur l’ensemble de l’Île d’Haïti, incluant la partie de L’Est qui est la République Dominicaine et la Partie de l’Ouest qui est Haïti, n’a pas pu réunifier et la nation haïtienne qui était divisée en deux groupes ethniques distincts et également les haïtiens et les dominicains.

Au contraire, sous sa gouverne, et même après son régime l’Île d’Haïti était complètement éclatée puisque les préjugés étaient renforcés de part et d’autre sur l’Île voir contre les personnes noirs du pays.

Chez les dominicains c’était la chasse contre les haïtiens noirs qui était lancée et qui aboutira au massacre des haïtiens par les dominicains de 1937 et qui se prolonge aujourd’hui encore avec les expulsions de toutes les personnes noires de la république dominicaine.

Voilà pourquoi, parmi les défauts des différentes luttes des noirs à travers le monde ce sont les exclusions des groupes contre qui ces luttes sont menées dans les espaces politiques au lendemain des victoires de ces noirs. On a tendance à exclure complètement les colons ou les exploiteurs sans jamais penser à nous réconcilier avec eux pour construire et bâtir nos nations. Cela étant nous excluons également leurs richesses, leurs savoirs faire nous poussant à nous tenir isolés d’eux et isolés de nos propres biens collectifs.

C’est le cas pour plusieurs autres pays africains qui ont conquis ou obtenu leurs indépendances en se débarrassant de tous les blancs ou une partie de ces derniers. Comme conséquence, les grandes puissances et les pays dont ces blancs anciens colons sont d’origine se liguent contre nos pays et contre également nos propres projets de développement et nos propres projets de progrès.

Le Zimbabwe et Haïti sont deux exemples types de ce qui en résulte des luttes anti coloniales, antiségrégationnistes et anti-esclavagistes que les peuples noirs ont mené contre les blancs et dont les anciens pays et les anciennes puissances coloniales exercent leurs influences négatives sur le devenir de ces États. D’un côté ces deux pays ont chassé les anciens colons et d’un autre côté, ces deux pays sont toujours boycottés par les anciennes puissances coloniales.

Même dernièrement nous avons vu comment la nouvelle élite noire de l’Afrique du Sud se passe le pouvoir alors que rien n’est fait pour la grande majorité des noirs de ce pays. Évidemment, toutes les richesses de l’Afrique du Sud reste entre les mains des anciens afrikaners et que la seule différence avec la période de l’apartheid c’est qu’il y a un petit groupe de l’Élite noire qui commence à s’enrichir.

Autrement, ce qui se passe actuellement en Afrique du Sud c’est exactement ce qui s’est passé en Haïti il y a près de deux cents ans. Nous reproduisons les mêmes erreurs dans tous nos pays comme noirs et nous excluons les autres sans vouloir faire ni la paix, ni les accommodements nécessaires et non plus ni réconciliation avec nos anciens bourreaux.

Nous avions renversé des régimes coloniaux et esclavagistes pour les remplacer par les mêmes vieux systèmes avec désormais nos propres frères comme complices avec ces anciens colons qui continuent de profiter de nos exploitations.

En Haïti ils ont eu leur Jean-Bertrand Aristide, leur Jean-Claude Duvalier, leur Joseph Michel Martelly, leur Jocelerme Privert et actuellement, ils ont leur Jovenel Moïse qui nous ressemblent mais qui nous maintiennent dans la misère dans la crasse et dans la pauvreté. Le pays est sale mais cela ne dérange personne d’autant plus les bourgeois haïtiens ne descendent plus en ville ou à Port-au-Prince et même pour aller à la plage ils nous contournent par Pernier, croix-des-bouquets et Santo.

Par ailleurs, à défaut que les anciennes puissances coloniales s’excusent pour tout le mal qu’ils nous ont fait dont l’esclavagisme, le vol de nos richesses, les sommes payées injustement pour notre propre liberté, nous pouvons les pardonner de nous avoir fait mal et également de n’avoir jamais reconnu leurs fautes et leurs crimes contre notre peuple et contre notre race. Oui nous pouvons pardonner à défaut de recevoir des excuses publiques afin de nous libérer de cette attente d’excuses.

Devant de telles situations, on peut admettre que tout le monde est à blâmer néanmoins, au delà du blâme ou de quelque chose du genre, il y a surtout l’absence de réconciliation entre les groupes libérés du joug de l’esclavage et du ségrégationnisme et les anciens colons ou défendeurs d’un tel système. Autrement dit toute lutte d’indépendance ou de reconquête d’indépendance devait prévoir une certaine réconciliation puisque les séquelles de ces luttes peuvent rester vitam eternam dans le coeur et dans la conscience de tout un chacun.

à suivre…

Hermann Cebert

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