Slàv de Robert Lepage: Oui à la liberté d’expression et de création, et non à l’exclusion totale «Robert Lepage confirme par le choix de ses acteurs ( disponibles) le racisme systémique au Québec»


Le philosophe éveillé

J’exprime Dieu

Je ne cesse de dénoncer un racisme systémique existant au Québec depuis que je publie régulièrement sur mon blogue à chaque fois qu’il y a un sujet brûlant concernant les minorités ethniques du Québec.

Évidemment, bien avant la création de mon blogue, dans les débats publics, comme celui des accommodements raisonnables, je prenais déjà certaines positions en vue d’une part de simplifier ce que les intellectuels québécois ont l’habitude de complexifier et d’autre part, en essayant d’aider les acteurs de ces débats à faire la part des choses et plus particulièrement à ventiler ce que des intérêts corporatifs ont tendance à déjouer de leurs trajectoires normales.

Cela étant,  pour cette tempête que provoque la Pièce de Robert Lepage concernant les chants que les noirs chantaient lorsqu’ils étaient encore en esclavage physique et mental, joué principalement par des artistes blancs dont plusieurs artistes noirs de Montréal dénoncent, je me sens interpellé d’intervenir afin d’apporter un éclairage supplémentaire mais surtout, de mettre certains points sur certains i.

Disons d’entrée de jeu, comme je titre mon texte, je suis pour la liberté d’expression même lorsque cela peut faire très mal. Néanmoins, dans le cas de la controverse concernant Slàv, il ne peut guère s’agir ici de contrainte à la liberté d’expression car, ce que le groupe de noirs semble réclamer de cette pièce c’est de la présence des acteurs noirs pour jouer des rôles qui leur paraissent pour des noirs de façon à ce que cette pièce qui concerne les noirs puissent avoir une plus grande crédibilité.

Par conséquent, à mon avis, et en ce sens, tous ceux qui le voient sous cet aspect-là ne font que travestir la réalité ou bien, ils se permettent de cacher leurs idéologies derrière les façades de la liberté d’expression. Voici ce que Lepage dit à ce sujet:

«À partir du moment où il ne nous est plus permis de nous glisser dans la peau de l’autre, où il nous est interdit de nous reconnaître dans l’autre, le théâtre s’en trouve dénaturé, empêché d’accomplir sa fonction première, et perd sa raison d’être». Robert Lepage, radio canada.

Tout comme, je considère également tous ceux qui se cachent derrière la dénonciation d’une certaine appropriation culturelle pour dénoncer le racisme ne font que retarder les véritables revendications des communautés ethniques du Québec. De fait, ces personnes se trompent de sujet et ne défendent pas leurs propres causes.

Autrement dit, les noirs qui dénoncent une certaine appropriation culturelle ne défendent pas la bonne cause puisque, tout artiste doit être libre de choisir les sujets et les œuvres qui l’intéressent dont il a envie de mettre en scène. Par conséquent, aucun artiste ne doit se soumettre à la volonté d’un groupe, d’une corporation même s’il est dans tous les cas influencé ou non par ces mêmes groupes et ces mêmes intérêts dont il ne peut se soustraire.

Pour moi, l’artiste se doit de suivre son propre chemin alors même qu’il fasse partie du tout collectif auquel il appartient. De plus, l’artiste est non seulement témoin de son temps, acteur de son temps mais il est tout aussi bien le philosophe, le poète, le peintre, l’historien et quoi d’autres encore de tous les temps. Voilà pourquoi, il ne peut qu’exprimer sont temps à travers toutes ses œuvres.

Bien entendu, l’artiste peut être également le prophète du temps nouveau, c’est-à-dire, le temps à venir car, parce qu’il vit au delà de ses œuvres, si ses œuvres ne l’effacent pas, ces mêmes œuvres peuvent le projeter activement et directement vers le futur. Dans ce cas là, on peut facilement essayer de trouver les traces de ce futur à travers les œuvres de l’artiste. Était-il conscient qu’il faisait œuvres éternelles ou futuristes, parfois oui, parfois non.

Par contre, au delà de ce pied devant dans le futur, tout artiste se doit d’être responsable et, c’est là que les artistes sont obligés de se détacher des groupes auxquels ils appartiennent, afin d’offrir des œuvres à portée universelle et générale. Incidemment, pour pouvoir profiter pleinement de toute sa liberté, il revient à l’artiste d’être responsable sinon, il ne peut pas y avoir des œuvres qui vaillent.

En ce sens, en parlant de responsabilité de l’artiste, on ne s’attend pas à ce qu’un artiste se mette à défendre des valeurs négatives comme la haine, l’intolérance, la discrimination bien que dans les faits, de manières subtiles, plusieurs grands artistes se sont révélés de grands collaborateurs à des régimes et à des idéologies qui proposaient ces mêmes valeurs négatives si bien sûr on devait vraiment les appeler des valeurs.

Selon cette perspective, il convient de reconnaître avec moi que la liberté d’expression suppose d’être étroitement liée avec de la responsabilité. Une responsabilité qui peut être sociale envers un groupe donné, envers sa société, envers des causes, envers des idées cependant, on ne peut faire abstraction de l’une pour oublier l’autre. Sinon, ce sont de vraies fausses valeurs cachées sous les voiles quelconque de nationalisme, de patriotisme ou de croyances religieuses.

Ici, je dois me questionner sur la responsabilité que Robert Lepage entend défendre avec Slàv, dans un contexte où tout est en effervescence. Je retiens comme situations effervescentes: le contexte de l’assassinat des musulmans de la grande mosquée du Québec, la montée des groupes d’extrêmes droites au Québec, la montée de la xénophobie et des groupes qui sont contre la présence et l’arrivée des immigrants au Canada, les politiques d’isolement de l’administration américaine et la volonté de construire des murs de séparation le long de la frontière américano-mexicaine et ajouté à tout cela, le contexte des fusillades et d’assassinats de plusieurs noirs aux États-Unis par des policiers blancs.

Devant cette effervescence, telle que je viens de la présenter, on doit admettre, que le contexte n’est pas si favorable à la pièce en question sinon, d’accentuer des idéologies dormantes de la société québécoise. Et, à juste titre, parfois, on peut se croire faire bonnes œuvres en produisant les effets contraires. Car, lorsque le message est allé aux mauvaises personnes, au mauvais moment et dans des circonstances ponctuelles, l’artiste peut se tromper de cible.

Malgré tout, je ne veux pas entrevoir ce détournement de regard priorisant ainsi un certain appel au réveil du peuple québécois qui ne semble plus s’intéresser à son projet d’indépendance ou de souveraineté, ou du moins selon la fausse vision de certain intellectuels québécois de la cause nationale québécoise. Je m’arrête là seulement car, je risque de développer un autre sujet et m’écarter du sujet principal.

Bref, ce que je dois saisir et offrir à Robert Lepage, c’est le doute de son bon sens. Il se peut qu’il ait vraiment ce doute sur le devenir de la société québécoise et si c’est le cas, Slàv pourrait bien signifier, le voyage des québécois dans les chants des esclaves qui sont des complaintes mais surtout des appels à la révolte et à la vengeance contre le système esclavagiste dans lequel vivaient les noirs dont les noirs américains.

Bien entendu, ici, je me suis échappé de moi-même, je suis dans mon imagination, et une fois que je me laisse plonger dans cette fuite intellectuelle, je ne peux que voir les choses différemment de ce que je peux voir avec des yeux raisonnables. Et, sincèrement, je souhaite ce doute à Robert Lepage dans la mesure que ses intentions étaient ou pouvaient être citoyennes à défaut de quoi, il risquerait de toute évidence de se laisser mener par ses intérêts mercantiles. Mais là encore qui sommes-nous pour juger des intentions de quelqu’un, un artiste par dessus marché.

Cela étant dit, bien qu’il soit actuellement difficile de bien cerner ce que dénonce Robert Lepage avec sa nouvelle pièce Slàv, ou le Chant des Esclaves noirs américains. Je lui laisse le soin d’expliquer ce qu’il vise à dénoncer avec Slàv. Toutefois, l’artiste est libre de choisir son sujet et de choisir qui il veut pour jouer sa propre pièce. Et, à ce propos, je partage même l’idée selon laquelle n’importe quel artiste noir ou blanc peut jouer des rôles divers. C’est une question de représentation. Et ce, comme Lepage le dit lui-même on se doit de jouer des rôles en tant qu’acteur.

Bien que, sur le plan esthétique et surtout, en ce qui concerne la représentation, ne joue pas vraiment qui veut et comme il se veut au théâtre, il y a une certaine sensibilité, certaines émotions, que certains acteurs ne peuvent pas avoir ou ressentir parce qu’il n’ont pas le vécu associé à certains drames, certaines souffrances, certaines difficultés. D’ailleurs, ne dit-on pas que très peu d’humours arrivent à traverser les frontières. Ce qui devait exprimer une certaine contrainte également à tout pouvoir jouer.

Naturellement, tout peut se travailler, et certaines personnes peuvent posséder certains dons qui les permettent d’être sublimes dans ce qu’ils font. D’ailleurs, on entend souvent des histoires où certains acteurs nous racontent qu’on leur avait offert tel rôle pour lesquels qu’ils avaient dits non et qu’ils regrettent amèrement en voyant comment celui qui l’a accepté l’a si bien joué et pour lequel rôle ont pu gagner des prix très convoités.

Malheureusement, je dis toujours, même si vous l’auriez accepté monsieur ou madame, vous ne l’auriez pas joué mieux que celui qui l’a accepté par défaut. Vous n’êtes pas lui et si vous ne l’aviez pas vu jouer ce rôle, vous n’auriez pas pu faire mieux, seulement peut-être autrement. Évidemment, c’est très méchant de sous estimer un artiste en associant son rejet d’un rôle par son absence de capacité à jouer bien et véritablement bien.

Un autre aspect de ce débat c’est la question des artistes noirs pour jouer cette pièce. À la fois, ils se trompent tous ceux qui réclament la présence des personnes noires pour jouer cette pièce et de ceux qui croient qu’il n’y a pas assez d’artistes noirs pour jouer cette pièce.

Ici, j’ai surtout en tête le metteur en scène Serge Denoncourt, à l’émission Le beau Dimanche, lorsqu’il prend comme seul argument le manque d’artistes noirs pour appuyer les choix de Robert Lepage de ne pas placer plus de personnes noires dans la pièce. C’est donc insuffisant cher monsieur. Il faudrait pousser le problème plus loin en se questionnant sur ce manque et les conditions qui créent ce manque d’artistes noirs dans le paysage culturel québécois.

En fait, ce sont les arguments et les approches que je rejette parce que ces deux arguments sont faux. D’un côté ceux qui exigent la présence des personnes noires ne défendent pas la bonne cause parce que la pièce peut être jouer par n’importe qui et de ce fait n’exige pas obligatoirement une personne noire pour la jouer. Bien entendu, il aurait toujours été plus préférable de la voir jouer par des personnes noires ce qui montrerait par la même occasion que cette pièce défende entre autre la cause des noirs.

Et, pour poursuivre notre raisonnement,  les interdits, l’absence d’accès pour les noirs à la minorité des artistes ne peut être autre chose qu’un mur de séparation qui existe contre toute volonté des jeunes noirs et plus particulièrement les jeunes artistes noirs. Pourtant, on a eu des émissions télévisées qui nous auraient données plusieurs artistes mais que le milieu a rejeté du revers de la main. C’est le racisme systémique.

Par contre, je réfute catégoriquement l’idée qui fait croire qu’il n’y a pas assez d’artistes noirs à Montréal pour jouer un rôle car ce n’est très certainement pas la véritable question à se poser dans le cadre de la représentation des communautés ethniques sur la scène culturelle du Québec. C’est pourquoi il y en a si peu.

Mais ici, ce serait de l’utopie, un rêve de voir une telle prise en charge par une célébrité comme Robert Lepage s’impliquer dans une telle cause et, je ne crois pas que Robert Lepage aurait investi son argent et sa réputation dans la cause des noirs même s’il dit avoir déjà défendu d’autres causes pour des groupes ethniques. Malgré tout, qui sait peut-être un jour, il apportera sa contribution à l’une des causes ayant rapport avec les noirs.

En attendant, j’aurais souhaité qu’il commence par mieux traduire les revendications de ceux qui semblent s’opposer à la représentation de sa pièce compte tenu qu’ils n’ont pas pu formuler leurs oppositions à sa pièce. Évidemment, ce que je veux dire par là c’est qu’il y a une insuffisance dans la représentation des noirs artistes sur la scène et dans le monde culturel québécois. Or, lorsque l’on considère qu’il y a près de six milles artistes au Québec et sur ces six milles qu’il ne peut pas y avoir une centaine d’artistes noirs, cela doit vouloir dire qu’il y a des interdits, des zones de non accès pour les personnes noirs dans le monde culturel québécois.

Très sincèrement, de mon côté, je ne crois pas que nous devons espérer quoique ce soit de personne, alors que je reconnais l’importance de la coopération et de la solidarité entre les peuples. Par contre je n’attend rien de personne et je ne crois pas non plus qu’il faut attendre les autres pour s’accomplir et se réaliser. À chacun sa propre croix.

Bien entendu, c’est une constante chez plusieurs noirs de croire toujours que c’est l’autre ou les autres et tous les autres qui se doivent de les défendre. Nous devons cesser d’attendre à des miracles de ce qui nous concerne. Nous devons nous battre pour avoir ce qu’il nous faut. Comme quelqu’un l’a si bien dit, même après cent ans, les noirs qui continuent de se battre pour exister n’auraient pas l’idée de penser à monter des pièces sur ces chants. Tant que certains parmi nous continuent de penser et de se préoccuper au minimum vital, nous ne pouvons tous nous préoccuper des choses de notre esprit.

à suivre…

Hermann Cebert

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